De Capitol Reef à Goblin

18 juin 2018

Comme la veille, sur la route de Capitol Reef, on ne peut résister à plusieurs arrêts pour observer la roche aux nuances de couleurs changeantes sous les rayons du soleil qui chauffe doucement. A notre grande surprise, on croise nos premiers bisons et leurs petits qui évoluent paisiblement dans les prairies. Quelques kilomètres plus loin, les cerfs mulets se baladent dans les champs autour de la rue principale bordée de saules de la petite ville de Torrey. L’Ouest et sa faune s’éveillent.

Une fois passé le Visitor Center, la scenic drive, qui justifierait à elle seule une visite, nous entraine vers le fond du parc. On longe la roche, de plus en plus près, jusqu’à s’enfoncer dans le canyon, seuls ou presque. La route devient plus étroite à chaque virage et se termine par un chemin de terre qui file jusqu’à Capitol Gorge. Au bout du chemin, on opte pour un sentier courant entre les parois colorées du canyon qui s’élargit au fil du temps. On grimpe jusqu’aux tanks, asséchés à cette saison, avant de revenir tranquillement à la voiture, couverts de poussière rosée et charmés par cette première escapade.

Notre périple reprend sur la highway 24 qui marque un brusque changement de paysage. Les mille couleurs de Capitol Reef ont fait place à des montagnes de gris, fendues d’une unique route. Sur des dizaines de kilomètres sans vie, on se croirait perdus sur la Lune. Quelques oasis de verdure réapparaissent finalement  sur le chemin de Hanksville, petite ville étape pleine de sable et de poussière qui permet la bifurcation vers le nord. Là, des plaines à perte de vue débouchent sur de curieuses montagnes colorées. Dans cette Amérique sauvage, sous les notes de Queen qui s’échappent par la fenêtre, on perd la notion du temps et des distances.

L’arrivée au Goblin State Park nous réveille brusquement. A Observation Point, une horde d’adolescents parient bruyamment sur un jeu de cartes sans prêter la moindre attention au paysage qui les entourent. On s’en éloigne rapidement pour s’engager sur le Goblin Lair Trail. Nos débuts y sont un peu compliqués : le sentier est peu balisé et une partie des marqueurs de direction est tombée. On cherche les traces sur le sol, on rebrousse chemin plusieurs fois avant de trouver la bonne route. Très vite, on patauge dans le sable tout en remettant d’aplomb, un peu comme on peut, quelques marqueurs pour les prochains aventuriers. Les falaises qui bordent la route ont  un aspect curieux, presque factices. Quelques goblins marquent le trajet jusqu’à une dernière montée un peu acrobatique. Un air frais salue l’ascension et on déboule dans une caverne aux murs gravés des noms de nos prédécesseurs. Le retour se fait par le canyon, chaud, sec et toujours plein de ce sable qui colle et qui s’invite partout. On termine la visite en déambulant dans la vallée comme des enfants, grimpant sur les roches douces et chaudes qui paraissent installées là par magie.

Coté pratique

Le logement

  • Apache Motel, 166 Fourth E St, Moab, UT 84532

Un motel quelconque mais aux tarifs abordables ce qui n’est pas fréquent à Moab !

Les visites

  • Capitol Reef National Park

Pass America The Beautiful accepté. Compter 45 minutes entre le visitor center et Capitol Gorge. Environ 6 km et 2h avec les photos sur place

  • Goblin State Park

Entrée 15$ par voiture.

Les repas

  • Pasta Jay’s, 4 S Main St, Moab, UT 84532-2503

Un restaurant italien situé en plein cœur de Moab et équipé d’une imposante terrasse. Les plats de pâtes sont  gargantuesques et plutôt bons.

Retour à l’Ouest

16 Juin 2018

Moins d’un an après notre premier périple, mon fidèle sac à dos et moi même sommes de nouveau à l’aéroport, égayés d’un petit porte-clés élan dont la mission est de nous porter chance. Comme à chaque fois, l’impatience grandit à mesure que les avions roulent sur l’asphalte de l’autre côté de la vitre. Les hôtesses appellent via les micros. Une fois. Deux fois. Trop de fois. Enfin notre tour arrive.

On s’installe, on ferme les yeux et New-York semble apparaitre aussitôt à travers le hublot. On retrouve les pâles silhouettes des gratte-ciels dans la brume bleutée qui recouvre la ville. Le rituel de la douane se passe cette fois sans encombre et on laisse nos valises dans un coin pour notre nouvelle destination. Bientôt l’Ouest.

Vegas est sous nos pieds. On observe les alentours arides et poussiéreux avant de nommer les hôtels du Strip tellement reconnaissables. La clim tourne à plein régime mais l’aéroport est calme et tranquille. Rien à voir avec le souvenir remuant des rues blingbling de l’an passé. Les valises arrivent rapidement. Une. Deux. Cent. Puis rien. Jamais la mienne. La petite maligne est restée à New-York….

17 Juin 2018

Il est 6h et ma valise est là. Comme par magie, elle est apparue dans le hall d’entrée du motel au pied d’une vieille bonne-femme en pyjama. Comme un matin de Noël, je saute comme une enfant. Ma valise est revenue.

On quitte rapidement St Georges après avoir fait le plein de pompotes et de barres de céréales, base de notre régime alimentaire de roadtripers. Une première journée de route débute au travers d’immenses terres désolées, collines verdoyantes ou prairies d’herbes hautes où broutent les troupeaux de nombreux ranchs. Les kilomètres défilent dans le rétroviseur au rythme des camions clinquants et d’innombrables SUVs. Mon copilote immortalise l’instant sous toutes ses formes, de la série d’images un peu aléatoire aux coups de crayons sur son calepin.

Le Red Rock Canyon apparait finalement avec ses terres aux ocres intenses et, soudain, l’Ouest est à nous. L’air chaud s’engouffre par la fenêtre et couvre les notes d’AC/DC. Sur les traces de notre ancien périple, on repasse devant le Ruby’s avant de s’enfoncer dans Bryce. Faute de temps, on se contente d’une traversée en voiture vers le Rainbow Point qui offre une vue sur toute la vallée. Plus loin, sur Inspiration Point, les visiteurs ouvrent grand les yeux devant cet immense amphithéâtre aux formes élancées.

Une petite route perdue dans d’immenses espaces vides nous conduit à Capitol Reef. Nous sommes seuls, incroyablement seuls. A l’approche du parc, d’improbables étendues d’herbe verte bordées de barrières blanches immaculées transforment le décor. On traverse des villes tranquilles au gazon millimétré et aux pots de fleurs bien rangés. En toile de fond, les couleurs de Capitol Reef se devinent déjà. Le pays de la montagne arc en ciel porte bien son nom. Le spectacle offert par la route nous en met plein la vue. Des nuances d’ocre, de rouge, de rose, de gris, de blanc et même de violet s’entremêlent avec harmonie. La végétation de toutes formes se pare d’un camaïeu de vert étonnant. On s’arrêterait tous les 100 mètres pour immortaliser ses reliefs majestueux. A cette heure, le visitor center est déjà fermé. Nous avons juste le temps d’observer les pétroglyphs, vestiges d’un temps passé gravés dans la roche, avant de traverser Fruita et de rejoindre la Gifford Farmhouse.

Tout au long du chemin, les arbres sont chargés de fruits qui manquent encore un peu de soleil. Les branches des plus gros abricotiers que j’ai pu voir croulent sous le poids des fruits. Les cerfs mulets se reposent sous leur ombre ou gambadent par petits groupes sur les chemins désertés. Devant la veille ferme en bois, les marmottes courent dans l’herbe et explorent la bâtisse comme si nous n’existions pas.

Vers 19h, il n’y a plus que le bruit d’un vague courant d’air dans les feuillages. Sous les derniers rayons chauds du soleil, on réalise que l’on est déjà partis très loin…

Coté pratique

Le logement

  • Aquarius Inn, 292 West Main Street, Bicknell, UT 84715

Un motel classique situé avant Torrey sur la route de Capitol Reef. Pas de petit déjeuner mais piscine et jacuzzi ouverts jusqu’à 23h !

Les visites

  • Bryce Canyon National Park

Pass América the Beautiful accepté

  • Capitol Reef National Park

Pass América the Beautiful accepté

Les repas

  • The Rim Rock Restaurant, 2523 UT-24, Torrey, UT 84775

Des baies vitrées avec vue sur Capitol Reef font le tour de ce restaurant de bois et de pierre. Un bon repas dans un beau décor !

If you’re leaving San Francisco

10 au 12 août 2017

Nos problèmes de pneus crevés se rappellent à notre bon souvenir ce matin. Même si l’agence de location nous envoie une nouvelle voiture et s’occupe de changer la roue de l’ancienne, le temps de la récupérer et de rouler jusqu’à San Francisco nous oblige à tracer en ligne droite jusqu’à l’aéroport.

Il fait à peine 12 degrés quand nous débarquons en ville en début de soirée, encore habitués à la douce chaleur des parcs. On part se réconforter sur le Pier 39 avec un clam chowder brulant et de nouveaux sweatshirts bien chauds. Avec son petit côté parc d’attraction et son aspect très touristique, le Fisherman’s wharf est de tous les guides de voyages. On se laisse pourtant prendre au jeu en déambulant entre ses boutiques, ses nombreux restaurants et ses pontons plein d’otaries. On y retournera d’ailleurs deux jours après pour tester d’autres spécialités à base de crabe et profiter un peu de l’ambiance du port et de l’Embarcadero, sans doute mon coin préféré de San Francisco.

La journée suivante débute sur les hauteurs de San Francisco à la recherche des fameuses maisons victoriennes, les Painted Ladies. Image de carte postale, les maisons sont finalement assez isolées et donne sur un parc en travaux, entouré de brouillard. Climat franciscain bonjour… la déception pointe le bout de son nez.

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On se dirige alors vers le Golden Gate Park, immense écrin de verdure qui s’étend sur 5km jusqu’à l’océan. On y entre, sous la pluie, près des serres victoriennes qui abrite le conservatoty of flowers avant d’opter pour la California Academy of Sciences. Sorte de muséum d’histoire naturelle ultra moderne tout en lumière et en verdure, le musée contient un aquarium, un planétarium, une forêt tropicale et des salles d’exposition. On y passe finalement toute une matinée à contempler les étoiles (pour ceux qui ne s’endorment pas dans les fauteuils confortables…), tester le simulateur de tremblement de terre, compter les papillons, observer les poissons colorés et tester tout un tas de gadgets dans les boutiques.

A quelques pas de l’Academy, le Japanese Tea Garden nous transporte sur un autre continent. On s’y balade dans un décor verdoyant et millimétré ornés de lanternes de pierre,  de petits étangs ou d’un pont-tambour pour une ambiance des plus zen. Près des pagodes, un salon de thé au bord de l’eau nous accueille avec une tasse fumante et un fortune cookie.

La sortie du parc donne rapidement sur la baie qui nous permet de revoir le Golden Gate une dernière fois avant notre retour en France. Le soleil s’est enfin décidé à apparaitre et le bord de l’eau offre une balade plutôt mignonne. Par hasard, on remarque un jet d’eau au loin, puis deux, puis trois… les baleines sont venues jusqu’ici ! On part en courant vers une plateforme pour les observer à travers les téléobjectifs. Sous nos pieds, la plage est pleine mais personne ne regarde au loin, à croire que le spectacle est habituel. On reste de longues minutes à guetter leurs apparitions, que les baleines soient seules ou avec un petit. Avant de rentrer vers l’hôtel, comme par intuition, on jette un dernière regard vers l’horizon. Les baleines s’élèvent dans les airs avec grâce, l’une après l’autre, avant de replonger sous l’eau. On reste encore quelques minutes avant de les voir disparaitre vers l’océan, complètement sous le charme de ces incroyables mammifère.

Notre dernière journée de périple débutera, elle, à Chinatown. Si le quartier a un petit côté Disneyland avec ses lanternes et ses dragons, il faut admettre que l’endroit est plutôt sympa et bien plus agréable que le Chinatown de NewYork. On flâne sur Grant Street en observant le contenu des boutiques souvent pleines de bric à brac, des pandas en peluche et accessoires de manga ou de Pokemon, à la vaisselle, aux vêtements et aux accessoires déco. On finit même par trouver une fabrique de fortunes cookies dans une ruelle étroite et un peu sombre, entre deux allées pleines de restaurants.

La promenade se poursuit vers la Lombard Street qui grimpe affreusement. On monte la pente franchement raide à certains endroits avant d’arriver au sommet où nous attendent vue sur San Francisco et dizaines de touristes. Le tram nous rejoint tranquillement avant de s’enfoncer vers le Pier 39 dans une nouvelle descente bordée de jolies maisons colorées aux bow windows fleuries.

Un sandwich au crabe plus tard, un long trajet en tram nous ramène vers Castro, quartier gay emblématique de la ville aux couleurs arc-en-ciel. La rue principale, colorée et joyeuse, offre surtout l’occasion de voir de longues séries de maisons victoriennes dans des rues en pente. On traverse le quartier jusqu’à la célèbre maison bleue, chantée par Maxime le Forestier, où seuls des français sont venus prendre des photos.

Au bout du chemin, Mission, quartier hispano et historique de la ville, nous attirait surtout pour son street art. De larges fresques murales, colorées et souvent engagées, ornent les murs des rues principales et de leurs ruelles adjacentes. Mission a, en plus, un avantage indéniable : c’est plat !

Baignée d’images de San Francisco depuis toujours, impatiente de tomber sous le charme de la ville comme des milliers d’autres voyageurs avant moi, j’attendais beaucoup de San Francisco. Peut être trop. Les parcs nationaux m’avaient renversée et la comparaison était sans doute trop rude après avoir traversé de tels paysages. Si on a largement trouvé de quoi s’occuper pendant trois jours, le coup de cœur tant attendu, n’est lui jamais venu. Nous voilà pourtant le nez dans les bagages, un peu moroses, à songer au départ après trois semaines hors du temps. On trie quelques photos sur le trajet, histoire de voyager encore un peu. Arrivés à l’aéroport, on a qu’une certitude: celle de revenir bientôt.

Coté pratique

Le logement

  • Inn on Folsom, 1188 Folsom Street , South of Market (SOMA), San Francisco, CA 94103,

On ne va pas se mentir, San Francisco est une ville où les logements sont affreusement chers et où certains quartiers sont déconseillés la nuit. Si SOMA n’en fait pas partie, le chemin depuis le centre ville n’est pas toujours réconfortant. On a donc opté pour un logement dans un quartier plutôt bien situé et financièrement abordable, quitte à renoncer à nos salles de bain individuelles. Au pied de l’hôtel, une boite de nuit fait un peu de bruit le soir. Après 3 semaines de périple et de longues heures de marche en ville, la fatigue nous assommait tellement que la musique ne nous a même pas gênés.

Les visites

  • Chinatown

Entrée à l’angle de Grant avenue et Bush street.

  • California Academy of Sciences, 55 Music Concourse Drive, Golden Gate Park

Ouvert du lundi au vendredi de 9h30 à 17h00 et le dimanche de 11h00 à 17h00. Entrée $35.95. Toutes les infos ici: https://www.calacademy.org/plan-your-visit

  • Japanese Tea Garden, 75 Hagiwara Tea Garden Drive, Golden Gate Park, SF

Ouvert tous les jours de l’année de 9h00 à 18h00 en horaires d’été,  et de 9h00 à 16h45 en horaires d’hiver. Entrée de $8 mais gratuit les lundi, mercredi et vendredi avant 10h00

  • Mission, peintures murales de la 18th street à la 25th street
    • angle de 24th Street et South Van Ness Avenue,
    • angle 24th Street et Florida Avenue sur la façade de St Peter’s Church,
    • angle de la 22th et Van Ness Avenue sur 3 bâtiments.
    • 18th Street et Lopidge St Women’s Building

Les adresses

  • Painted Ladies, Steiner St & Hayes St, San Francisco, CA 94117
  • Maison bleue de Maxime Le Forestier, 3841 18th street, Castro, San Francisco
  • Golden Fortune Cookies Co, 56 Ross Alley, San Francisco

Les repas

  • Bubba Gump Shrimp Co, 39 Piers Box M-211, San Francisco, CA 94133

Pour un repas dans une ambiance Forrest Gump avec des verres à cocktails qui clignotent.

  • The Cheesecake Factory, 251 Geary Blvd, San Francisco, CA 94102

Au sommet du Macy’s avec vue sur Union Square. Réservation et patience indispensable.

Surprises au Yosemite

9 août 2017,

Notre matinée commence sur les chapeaux de roues… avec un pneu crevé. La route de Bodie avait finalement eu raison de celui qui, par chance, a eu le bon goût de nous laisser vadrouiller la veille sans encombre. On commence donc la journée à quatre pattes près de la voiture pour les uns et à la recherche désespérée de réseau pour les autres. Parce que oui, quitte à devoir joindre la compagnie de location, autant attendre d’être loin de tout moyen de communication. Résignés, on opte pour conserver la roue de secours qui suffira à passer la journée en attendant une meilleure solution.

Nous voilà à nouveau à Yosemite Village, de nouveau à la recherche d’une place de parking près du visitor center. On tourne encore un peu (mais on s’en sort finalement assez bien) avant de pouvoir consulter les rangers sur le programme de la journée. Après quelques hésitations, c’est la randonnée des Vernal Falls sur le Mist Trail qui emporte les suffrages. La navette nous emmène aux Happy Isles où des centaines de randonneurs se sont pressés. Le début de la balade qui longe la Merced River est plus qu’accessible sur le premier kilomètre et la foule de visiteurs est, en conséquence, impressionnante.

Par chance, le nombre de courageux qui s’embarquent réellement vers la montée des cascades diminue un peu. L’accès au bas de la chute se fait par une série de marches plus ou moins régulières qui grimpent à l’ombre le long de la paroi. A mesure que l’on monte, la brume de la cascade arrose les randonneurs et les marches qui luisent sous nos pieds. Et soudain, on tourne la tête et on réalise le décor incroyable auquel on tournait le dos, trop concentré sur l’effort. Les roches grises et noires sur laquelle l’eau s’abat avec fracas, le vert intense des herbes aspergées par la bruine, le ciel bleu toujours mêlé à une discrète fumée et cet arc en ciel coloré qui fend le paysage d’un bout à l’autre…

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Des premières marches au sommet de la chute, on grimpe près de 500 mètres. Si la première partie glisse juste un peu, la seconde est plus sportive et acrobatique. On évolue coincés entre la roche et un garde corps sur un étroit sentier où l’on se croise difficilement. Arrivés au sommet, les randonneurs se pressent au bord de l’eau pour admirer la vue en contre bas. Et pourtant, des surprises bien plus intéressantes attendent dans l’ombre.

De l’autre côté de la rivière, un mouvement attire le regard. Il suffit de plisser un peu les yeux pour distinguer un ours qui fouine les écorces d’arbre à la recherche de quelques larves. Pas perturbé le moins du monde par les dizaines de visiteurs absorbés par la chute d’eau, il vadrouille un long moment en grimpant sur la roche et en marchant sur le bois mort. Autour de moi, personne ne semble l’avoir encore remarqué. Et puis finalement, par un heureux hasard, son regard se pose sur nous. Magie de l’instant. Magie d’une rencontre. Mes voisins s’agitent finalement, sans doute alerté par le bruit répétitif de mon appareil et des dizains de clichés sont soudain pris par rafales. Un dernier regard et le jeune ours fait demi tour nonchalament avant de s’enfoncer dans la forêt. La suite du chemin grimpe encore et offre une jolie vue sur la Nevada Fall avant de nous ramener par une série de lacets au petit pont sur la Merced River.

Après cette séance d’escalade, on flâne tranquillement au cœur de la vallée baignée de lumière. Des familles entières descendent la rivière sur de larges bouées et s’installent au soleil pour profiter de l’après midi. De nouvelles biches croisent notre chemin, sans parler des dizaines d’écureuils qui courent dans les allées.

Notre journée s’achève au sommet de Glacier Point à quelques 1000 mètres au dessus de la vallée. La route, en cul de sac, est un peu longue mais offre tout au long de la montée de beaux points de vue sur le parc. L’endroit parfait pour finir notre balade.

Coté pratique

Le logement

  • Cedar Lodge, 9966 Highway 140, El Portal, CA 95318

Hôtel situé en dehors du parc Yosemite. Le petit déjeuner est à prévoir en supplément mais est assez copieux. Inutile d’envisager d’utiliser internet ou le téléphone ici, on est réellement coupé de tout !

Les visites

  • Yosemite National Park

Pass America the Beautiful accepté.
Tous les documents pratiques pour le parc sont ici: https://www.nps.gov/yose/planyourvisit/maps.htm
La Glacier Road est fermée en hiver car elle est enneigée. Les dates d’ouverture et de fermeture sont liées au taux d’enneigement…mieux vaut ne pas espérer l’emprunter en dehors de fin mai – début novembre.

Fantômes de Californie

8 août 2017

Notre journée commence par un bon dans le passé, à une époque où quelques 10 000 personnes avaient fait de Bodie une importante cité minière. Bienvenue en 1880, à l’ère des saloons et des fumeries d’opium, où résonnaient minerais et ferrailles dans les allées de terre bordées de maisons en bois. Accessible par une route caillouteuse et pleine de poussière, les vestiges de la ville trônent à 2500 mètres d’altitude dans une prairie perdue. On gare nos SUVs dans un état lamentable sur le parking du Bodie State Historic Park et on aperçoit déjà les chariots et les roues abandonnées là. Perchée au dessus des maisons, l’usine minière est restée figée et presque intacte. A ces pieds, les petites bâtisses en bois dégagent une curieuse impression. On regarde pas les fenêtres pour entrevoir une vie passée dont quelques objets abandonnés conservent le souvenir. C’est là le charme étrange de cette visite. On déambule le nez collé aux vitres et, derrière les lès de papier peint délavé et les vieux matelas à ressorts, c’est un bout d’histoire qui se dessine. On tombe ensuite sur une école ornée de cartes anciennes et de traces de craie, un saloon où seuls les meubles ont survécu et de vieilles autos au charme rétro. Un petit musée regroupe tout un tas d’effets personnels abandonnés à l’appel de mines d’or plus prometteuses. Bodie, c’est l’Amérique comme on l’imaginait.

De retour en 2017, une mauvaise surprise mécanique pointe le bout de son nez: le voyant indiquant un défaut de pression des pneus s’éclaire soudainement. On s’arrête pour regonfler à la première station croisée et on reprend la route en espérant ne pas avoir crevé sur le chemin chaotique de Bodie. La 120, plus connues comme la Tioga Road,  nous entraine sur les hauteurs et les sommets enneigés. C’est ainsi que l’on arrive à Tuolumne Meadows, immense prairie verdoyante qui pousse à 2600 mètres d’altitude. A peine arrivés on y croise des cerfs et biches en quantité, tout juste dissimulés dans les hautes herbes. Histoire de se dégourdir un peu les jambes, on opte pour une courte randonnée dans les prairies jusqu’aux Soda springs où coule une eau naturellement gazeuse. Sur le sentier, un ranger à cheval nous aborde et nous présente King, sa monture, avant de repartir en souriant. Dans les herbes, des chiens de prairie surgissent un peu partout. On les observe avec amusement guetter le moindre danger debout sur leurs pattes arrières avant de se suspendre aux brindilles pour grignoter et repartir en courant.

A quelques minutes de là, le Tenaya Lake, le plus vaste du Yosemite, brille au soleil. Les récents incendies ayant ravagé une partie du parc quelques semaines avant notre arrivée enrobent pourtant le décor d’une brume colorée et d’une étrange lumière. Si un chemin longe cet immense lac entouré de montagnes, on part tout de même le nez au vent en longeant la rive. Quelques acrobaties sur des ponts improvisés nous emmènent jusqu’à une petite plage pour une baignade improvisée (oui, c’est froid !). Assis face à cet horizon d’eau et de roches grises, on n’entend plus que le bruit des geais dans les branchages.

Olmsted Point sera notre dernière arrêt sur cette jolie Tioga Road. Paysage un peu lunaire à l’ambiance particulière, cet endroit est sans doute mon point de vue préféré sur cette partie du parc. On y passe un bon moment sans trop savoir pourquoi, à grimper sur quelques rochers et à composer avec 2/3 touristes durs de la feuille. Il est temps de rouler jusqu’au coeur de la vallée, vers Yosemite Village.

Comment décrire le flux improbable de voitures cherchant désespérément un place autour du Village? On tourne, on retourne et on tourne encore avant de pouvoir nous arrêter quelque part. même le système de navette ne semble pas avoir réussi à réguler tout ce monde. La foule est dense dans cette partie du parc et, à cette heure, nous ne sommes pas les seuls à espérer faire quelques achats dans le seul petit supermarché du parc. Le pique nique du lendemain rangé dans les sacs à dos, on opte finalement pour une soirée à l’hôtel en dehors du parc, sous un ciel noir et sans nuage.

Coté pratique

Le logement

  • Cedar Lodge, 9966 Highway 140, El Portal, CA 95318

Hôtel situé en dehors du parc Yosemite. Le petit déjeuner est à prévoir en supplément mais est assez copieux. Inutile d’envisager d’utiliser internet ou le téléphone ici, on est réellement coupé de tout !

Les visites

  • Bodie State Historic Park

Ouvert tous les jours de 8h à 18h entre mai et septembre, horaires réduits en hiver. Entrée $7.
La route qui mène à Bodie n’est pas goudronnée sur tout sa longueur et mieux vaut faire le plein avant de s’y rendre.

  • Yosemite National Park

Pass America the Beautiful accepté.
Tous les documents pratiques pour le parc sont ici: https://www.nps.gov/yose/planyourvisit/maps.htm
La Tioga Road est fermée en hiver car elle est enneigée. Les dates d’ouverture et de fermeture sont liées au taux d’enneigement…mieux vaut ne pas espérer l’emprunter en dehors de fin mai – début novembre.

Vers la Sierra Nevada

7 août 2017

Le soleil se lève sur Death Valley et réchauffe dès le matin une atmosphère qui, à la réflexion, ne s’était pas vraiment refroidie. Il est encore tôt et une légère brume semble, par endroit, flotter au dessus du sol. A deux pas de l’hôtel, d’intrigantes dunes de sables se laissent finalement découvrir. Dans la nuit noire de la veille, on aurait été bien incapable de les distinguer. Les dunes dansent devant les montagnes alentours, déjà maculées de traces de pas. On n’ose finalement pas s’aventurer bien loin, un peu inquiets de cette chaleur et de toute la route prévue aujourd’hui. On savoure simplement la découverte d’un paysage que beaucoup n’avaient encore jamais vu. Death Valley est décidément riche de surprises.

Entre la Vallée de la mort et le Yosemite, les monts enneigés fendent le ciel bleu entachés de quelques nuages. Près de Lone Pine, les Alabama hills paraissent abandonnées du reste du monde. Terre de western aux airs de Joshua Tree, ce paysage rocailleux tout en rondeur nous accueille pour une courte balade où nous ne sommes, une fois encore, pas dérangés par la foule. L’endroit est réputé pour avoir servi de décors à des centaines de films de cowboys et de ruées vers l’or et on découvre cet univers de contraste et de couleurs sur quelques kilomètres à peine. Quelques arches se dissimulent ici ou là au détour d’un virage ou au hasard d’un regard.

La ville voisine de Lone Pine nous laisse, elle, complètement de marbre. Elle ne représentera finalement qu’une étape pour le plein d’essence et une pause goûter (ou plutôt petit-déjeuner n°2… il faut bien ça).

De grands champs peuplés de vaches égayent le chemin jusqu’à Lee Vining où nous poserons nos bagages. Le paysage reprend des couleurs et on retrouve finalement du vert partout: on avait presque oublié que cette couleur existait. Bientôt, des forêts se dessinent sur les abords de la route et notre univers change radicalement. On s’arrête un moment dans notre motel avec vue sur le Mono Lake, le temps de déposer les valises et de faire connaissance avec notre voisin chat qui ronronne doucement dans nos jambes. Certains se laissent tomber sur le lit pendant que d’autres admirent la vue depuis la terrasse, accompagnés de notre nouveau compagnon à quatre pattes. Un peu reposés, on reprend finalement notre parcours vers des sources chaudes naturelles dont la simple pensée suffit à remotiver les troupes.

La route tournicote jusqu’aux Travertine Hot Springs, à peine signalées par un parking recouvert de poussière. Armés de maillots et de serviettes, on tombe rapidement sur le premier bassin, tout petit et déjà occupé par un vieux monsieur uniquement vêtu d’un chapeau. Il nous adresse un geste et un sourire sympathique qui ne nous encourage pas pour autant à venir partager cet espace étroit. Le second point d’eau forme trois petits bassins où pataugent quelques gamins. Par curiosité, on pousse jusqu’au troisième dissimulé dans les broussailles. Celui ci aussi est occupé par un vieil homme à la peau tannée par le soleil qui a choisi de remplacer le Stetson par une bière (pour le reste, on a pas voulu vérifier…). On retourne finalement au deuxième point d’eau et, par chance, nous sommes seuls au bout de quelques minutes. L’eau chaude détend tous les muscles sollicités ces quinze derniers jours et procure une douce sensation de bien être. Assis dans nos bassins avec vue sur les sommets de la Sierra Nevada, on savoure l’instant. Un guitariste arrive finalement armés de ses trois mots de français et monte se percher sur la roche. Quelques accords brisent le silence et précèdent une douce chanson folk.

Notre dernière session de voiture pour la journée nous ramène vers les bords du Mono Lake où la lumière prend des tons plus doux. Ce grand lac d’eau salée héberge d’étranges cheminées blanches figées au bord de l’eau. Les tuffas, concrétions calcaires, sont accessibles par un petit chemin qui longe le lac avant de serpenter dans des grands buissons fleuris. Les mouettes volent au dessus de nos têtes, au revoir le désert.

Coté pratique

Le logement

Jolie vue sur le lac depuis la terrasse.

Les visites

  • Alabama Hills, Arch Trail – Mobius Arch

Accès: Depuis l’embranchement entre la Whitney Portal Rd et la Movie Rd, suivre cette dernière sur environ 2.5 km. On aboutit à un Y, prendre à droite et garer la voiture au niveau d’un large renfoncement immédiatement sur la gauche. Le sentier part de derrière le parking et est signalé par des cailloux bordant celui-ci (seul sentier du parc).

  • Travertine Hot Springs, sources chaudes naturelles de Bridgeport

Jack Sawyer Rd, Bridgeport, Californie. Latitude : 38.247019, Longitude : -119.203811. Pour les accès, le mieux est encore de jeter un œil ici: http://www.lostintheusa.fr/planifier/poi/26844/travertine-hot-springs-sources-chaudes-bridgeport-californie/

Las Vegas et Death Valley

6 août 2017

Sur le Strip grouillant de monde, les casinos aux décors extravagants se succèdent le long d’une avenue qui parait sans fin. Chaque hôtel-casino affiche son histoire, son identité et sa personnalité. Il y a tellement à voir qu’on avance à une lenteur affolante, trop occupés à pousser des portes et à se perdre dans des allées aux mille et unes curiosités: spectacles, œuvres d’art, boutiques farfelues et passants étranges prennent place entre les innombrables machines à sous et les tables de jeux.

Face à nous trône le Bellagio, son plafond de verre aux mille fleurs, ses allées de marbre et son Conservatory & Botanical Gardens plein d’élégance. On y trouve au passage la plus grande fontaine de chocolat du monde qui s’écoule derrière des parois de verre. L’occasion d’une bonne pâtisserie à la française car il faut bien admettre que les américains ne brillent pas par le raffinement de leurs gâteaux.

Le Caesars Palace voisin, dans lequel on se retrouve sans trop savoir comment, déborde de statues romaines et de dorures tout comme le Venetian, rutilant, avec ses gondoles et son Grand Canal artificiel abrités par un ciel artificiel presque troublant de réalisme. Cette Italie en carton pâte est finalement assez réussie.

On remonte ensuite vers le Flamingo tout de rose vêtu (où quelques flamands s’ébattent tranquillement dans un décor tropical) avant de pousser jusqu’au NewYork NewYork pour un tour de montagne russe dans des petits taxis jaunes d’où la vue sur le Strip est imprenable. Une improbable crêpe débordant de lemoncurd plus tard, il est déjà l’heure de prendre la route alors qu’on a à peine commencé à explorer la ville… à croire que l’on a largement sous estimé le temps à passer dans ce lieu à part. On se promet donc de revenir un jour pour découvrir toutes les surprises que réserve cet endroit hors norme.

Point le plus chaud, le plus aride et le plus bas sous le niveau de la mer des États-Unis, Death Valley est le désert des superlatifs… autant dire qu’on ne pouvait pas rater ça. On quitte donc Las Vegas un peu en urgence tant le temps est passé vite… Dans la précipitation, nos deux voitures se dispersent et ne se retrouveront finalement qu’à l’hôtel une fois la nuit tombée. Parce que oui, dans la vallée de la mort, il n’est pas utile d’espérer téléphoner… l’endroit perdrait de son charme. Nous voilà donc de nouveau sur la route à l’heure où la chaleur tombe un peu, en théorie.

Death Valley. Rien que le son est mythique. Avec un nom pareil, on s’attendait à un endroit morne et triste: il n’en est rien. Les paysages sont vallonnés, étonnamment colorés et parfois même recouverts de végétation. La première de nos voitures opte pour Dante’s View, son sol rouge et sa vue spectaculaire sur la vallée. Charmés par l’endroit, ses occupants y resteront pour admirer le coucher du soleil (merci François pour les photos !)

De notre côté, on choisit Zabriskie Point que le soleil couvre d’une douce lumière. Les collines blanches et sèches ondulent curieusement dans ce paysage où rien ne bouge. Le thermomètre s’affole toujours à cette heure déjà tardive mais peu importe, le décor est fascinant sous ses lueurs rosées. Avant qu’il ne fasse nuit, on se presse vers une dernière étape immanquable à nos yeux : à -86 mètres sous le niveau de la mer, Badwater nous attend.

Cette immense étendue de sel éblouit même à cette heure. Le thermomètre augmente encore et on retrouve cette étrange impression de passer au sèche-cheveux en sortant de la voiture. Nous sommes presque seuls, les touristes semblent avoir déserté la zone avant la nuit. L’air est sec, le sel craque sous nos pieds et on dépasse les 100°F dans un silence assourdissant.  On se sent un peu abandonnés du reste du monde en evoluant dans cette ambiance irréelle. Derrière nous, une pancarte fixée sur la montagne marque le niveau de la mer et accentue notre impression d’être tout petit. Le soleil passe définitivement derrière la roche qui se couvre de brume et nous prenons une dernière fois la route pour notre hôtel au cœur de Death Valley.

Il fait nuit noire quand nous arrivons dans un décor de pierres et de bois où des rocking chairs patientent près d’un feu. La petite troupe étant cette fois réunie, le restaurant nous accueille dans une ambiance plutôt chaleureuse. Après la joyeuse agitation de Las Vegas, la douceur de ce parc hors norme est un délice. Rassasiés, on se retrouve à près de minuit dans une piscine encore chaude depuis laquelle nous n’avons qu’à lever la tête pour observer les étoiles. Magie des US quand tu nous tiens.

Coté pratique

Le logement

  • Stovepipe Wells Village Hotel, 51880 CA-190, DEATH VALLEY, CA 92328

Restaurant sur place et piscine ouverte jusqu’à minuit !

Les visites

  • Death Valley National Park

Pass America the Beautiful accepté
Tous les documents pratiques pour le parc sont ici: https://www.nps.gov/deva/planyourvisit/maps.htm

Valley of Fire

5 août 2017

Le soleil est à peine levé sur Overton quand nous démarrons les voitures pour une nouvelle journée de périple. Valley of Fire, étape nature du jour, est réputée pour bien porter son nom: l’été, les températures deviennent vite insupportables. Sur le papier, la Vallée de Feu a pourtant tout pour elle: immense palette de couleurs, arches, pétroglyphes, canyons et faune locale. On opte donc pour un départ anticipé afin de profiter encore un peu des grands espaces avant d’arriver à Las Vegas.

Jusqu’à l’entrée du parc, la route traverse un paysage aride que les lumières du matin adoucissent un peu. A quelques miles de l’arrivée, les premières nuances de couleurs apparaissent et redonnent vie au décor. On s’arrête à l’entrée pour laisser $10 dans une enveloppe et découvrir les premières curiosités. A quelques pas du parking, un rocher aux allures d’éléphant marque le début de la visite pendant qu’un bighorn solitaire nous observe un peu plus loin dans un silence absolu. Nous sommes seuls et la magie des parcs américains opère à nouveau.

La scenic drive, comme toujours, est un spectacle de formes, de couleurs et d’ambiances. Le ciel arbore mille nuances, la route semble infinie et on sent déjà que cet endroit nous marquera. Un peu contraint par le temps, nous choisissons la randonnée la plus emblématique du parc, la Fire Wave. Les premiers pas se font les pieds dans le sable déjà chaud entre quelques arbustes et cactus. Au premier virage, on est plongé dans un décor multicolore qui semble défier les lois de la géologie. Le sentier disparait progressivement au profit de cairns disséminés dans la roche qui mènent sans effort à la vague colorée. On s’y installe quelques minutes, un peu assommés par ce climat désertique mais, surtout, fascinés par ce décor improbable.

Sur le chemin du retour, on hésite un moment à se lancer à la recherche de grottes armés de coordonnées GPS. Face à un TomTom récalcitrant et à des estomacs qui crient famine, on reprend finalement la route pour profiter de la machine à gaufres de l’hôtel qui nous attend sagement. De nouveaux points de vue apparaissent sur le chemin et on se félicite vraiment d’être partis tôt pour explorer ce parc magnifique. Aux États-Unis plus qu’ailleurs, le monde appartient vraiment à ceux qui se lèvent tôt.

L’arrivée à Las Vegas nous ramène un peu brutalement à la civilisation. Routes immenses et bâtiments à perte de vue… on avait presque oublié que les immeubles existaient. Pourtant, on se surprend vite à repérer les grands hôtels-casinos évoqués dans les guides et qui défilent sur le bord de la route. Avant de commencer les visites, on s’autorise une pause shopping dans un outlet pour quelques achats qui achèvent de remplir nos valises déjà bien chargées. Quelques deux heures, quatre détours et trois entrées de parking plus tard (la circulation dans les grandes villes n’est décidément pas notre point fort) nous voilà devant les portes du Bally’s où une flopée de touristes attend sa chambre. Juste derrière l’accueil, les machines à sous clignotent et envahissent tout l’espace. Les lumières donnent l’étrange impression de ne plus savoir où l’on est.

Une balade rapide sur le Strip nous donne un aperçu de cette ville où tout semble démesuré. Cette sorte de Disneyland pour adulte que j’étais, il faut bien le dire, persuadée d’avance de ne pas aimer, étonne et éveille la curiosité. On voudrait pouvoir explorer tous les hôtels aux décors chaque fois différents et se perdre dans les allées des casinos qui traversent d’un bâtiment à l’autre. Ambiance parisienne, italienne, new yorkaise… tout y passe. Avant de partir à l’assaut des casinos, un détour dans le downtown nous attend pour une visite un peu originale et un bond dans le passé… direction le musée du néon !

Temple des enseignes vintage et véritable bout d’histoire, le musée du néon expose des centaines de panneaux lumineux ayant fait le succès de motels ou de casinos. En petits groupes, un bénévole nous entraine dans les allées colorées du musée qui s’éclairent à mesure que la nuit tombe. Pendant près d’une heure, on circule dans cette bulle en écoutant plus ou moins attentivement notre guide qui y va chaque fois de se petite anecdote. Avec un accent aussi marqué que le sien, difficile de se concentrer sur les histoires et sur les photos en même temps… Ce tas de ferraille sauvé de la casse par des amoureux de l’histoire de Las Vegas semble pourtant reprendre vie au cours de la visite. Un endroit plein de charme et de nostalgie, prélude parfait pour la suite de notre balade.

Avant de regagner le strip, la Fremont street nous tire de la tranquillité du musée. Foule compacte, musique à fond, néons dans tous les coins et plafond recouvert de millions d’ampoules et de lasers animent cette rue que certains remontent… en tyrolienne ! Les casinos voisins de notre hôtel débordent eux aussi d’animation. Le Bellagio et son spectacle de jets d’eau brillent de mille feux, la Tour Eiffel locale a revêtu sa robe de lumière et toutes les enseignes s’éclairent. On marche dans cet univers incroyable jusqu’au NewYork New York, sans doute mon préféré, où les rues de West Village ont été recréées avec leurs cafés et leurs petites boutiques. On y retrouve le pont de Brooklyn, les grattes ciels et une montagne russe digne de celles de Coney Island depuis lesquelles on écoute avec amusement quelques téméraires s’égosiller. Un peu déphasés, on finit par réaliser qu’il est déjà deux heures du matin. L’heure de retrouver le Bally’s qui semble aussi animé qu’à notre arrivée.

Coté pratique

Le logement

  • Bally’s Las Vegas Hotel & Casino, 3645 Las Vegas Boulevard South, Strip, Las Vegas, NV 89109

Las Vegas oblige, on a nous aussi voulu tester une nuit en casino. Les prix sont non négligeables et de nombreux frais supplémentaires sont souvent à ajouter. Notre verdict: pour une nuit l’intérêt est vraiment limité, on passe notre temps dehors à visiter et on ne profite finalement pas du tout de l’hôtel. Un motel bien placé représente sans doute un meilleur rapport qualité prix !

Les visites

  • Valley Of Fire State Park

Pass América the Beautiful non accepté, entrée $10 par voiture.
Tous les documents pratiques pour le parc sont ici: https://www.roadtrippin.fr/nevada/valley-fire/valley-fire.php

Pour la randonnée Fire wave: se garer au dernier petit parking en bord de route de la Scenic Drive juste avant d’atteindre White Domes (le terminus de la route).

  • Las Vegas Premium Outlets – South.

7400 Las Vegas Blvd S, Las Vegas, NV 89123-1000 (9h-20h)

  • Musée du néon, 770 N Las Vegas Blvd, Las Vegas, NV 89101

A réserver en ligne à l’avance http://www.neonmuseum.org/ , 1h, 10$. Les chances d’obtenir un billet en se rendant directement sur place sont presque nulles. Perches et trépieds interdits.

 

 

Au cœur des Narrows

4 août 2017

En émergeant ce matin-là, on découvre un temps humide et gris qui nous fait frissonner, le souvenir de notre épopée de la veille revient vite en mémoire. Le temps est cependant idéal pour se réconforter avec un petit déjeuner du Bumbleberry. Bol de lait chaud, bacon croustillant et pancakes nous remettent d’aplomb et on prend la route du visitor center de Zion pour une nouvelle journée de balade. Les orages de la veille ont refroidi l’atmosphère mais pas les touristes qui patientent pour embarquer dans la navette. Nous sommes visiblement nombreux à nous rendre ce matin à l’autre bout du parc, direction Temple of Sinawava.

En descendant de la navette, on comprend vite que les Narrows sont presque aussi célèbres qu’Angels Landing… mais nettement plus accessibles. Tous les visiteurs du parc semblent s’être retrouvés sur place. Bien loin de se préoccuper de la foule, un cerf déambule tranquillement sur l’autre rive et seuls quelques observateurs semblent s’en être rendu compte. Ici, la Virgin River qui traverse tout Zion se faufile dans un canyon étroit. On y accède par le Riverwalk, petit sentier d’un mile qui a des airs de file d’attente. La foule est dense même par ce temps et de nombreux écureuils gravitent autour de tout ce monde. Certains semblent presque obèses à force de grignoter les restes de touristes sans doute trop nombreux. On se glisse parmi la foule avec un peu d’inquiétude et on enfile nos chaussures aquatiques avant de s’avancer doucement dans l’eau. Loin des couleurs bleutées repérées sur les photos, la rivière a tourné au marron après les violents orages. Un frisson court jusqu’en haut du crâne mais l’impression de froid se dissipe finalement assez vite.

On avance d’abord à tâtons mais on apprend vite à circuler à l’aveugle de rochers en rochers. On déambule les pieds dans l’eau et, après quelques centaines de mètres, la foule se disperse. Beaucoup ne viennent finalement que pour le principe et seuls les randonneurs équipés continuent d’avancer. Le calme retrouvé, on prend enfin le temps de lever la tête et la mauvaise impression du début est vite oubliée.

Au cœur du slot canyon, on évolue dans le lit de la rivière entourés de 300 mètres de falaises. Quelques cascades prennent naissance sur ces pans de grès rosés où poussent de verdoyants jardins suspendus à la roche. De petits cailloux roulent sous les pieds, les gouttes d’eau accrochées aux bosquets glissent sur la paroi et le bruit de l’eau anime la scène. Plus on s’enfonce dans le canyon, plus il se rétrécit et plus les falaises paraissent hautes. Le décor est majestueux et l’on se sent soudainement minuscules. Un pas irréfléchi nous rappelle de temps à autre que la profondeur est changeante sur le chemin et on se retrouve parfois, un peu étonnés, avec de l’eau qui frôle les vêtements. Au fond, on se plait bien à patauger dans cette ambiance si particulière. Par crainte d’une nouvelle pluie, on finit cependant par faire demi tour pour regagner le riverwalk qui semble alors bien banal.

De retour au visitor center et le pique nique englouti, on profite d’un peu de temps libre pour flâner dans la boutique bien garnie du centre avant de faire une nouvelle rencontre inattendue dans les allées. Avant de quitter ce parc plein de charme, une dernière randonnée est décidée et le Watchman Trail, moins de 2h en trainaillant, nous semble alors tout désigné. Il nous faudra pourtant un long moment avant d’en trouver le départ (pourtant indiqué… hum).

Le soleil revient au moment où nous découvrons enfin la pancarte du trail. La balade n’est pas spécialement difficile mais monte tout au long du parcours peu ombragé. On retrouve des cactus dans les pentes rocailleuses avant d’accéder à une jolie plateforme d’observation. On y découvre la partie basse du Canyon de Zion tout en devinant, un peu plus loin, les bâtiments de Springdale. Si le chemin n’est pas aussi marquant que nos deux précédentes randonnées, il nous permet de finir notre visite sur une dernière vue panoramique qui, une fois encore, se mérite. Décidément, tout est beau à Zion.

Coté pratique

Le logement

  • North Shore inn at the Lake Mead, 520 North Moapa Valley Blvd, Overton, NV. 89040

Soyons honnêtes, Overton n’est pas vraiment un lien d’animation. La petite ville est en revanche idéalement situé pour notre première étape du lendemain: Valley of Fire. Le petit déjeuner vaut le détour et la piscine est vraiment appréciable avec la chaleur environnante.

Les visites

  • Zion National Park

Pass América the Beautiful accepté, Tous les documents pratiques pour le parc sont ici: https://www.nps.gov/zion/planyourvisit/maps.htm

De Bryce à Zion

3 août 2017

Il faut bien l’admettre, notre premier itinéraire prévoyait de faire l’impasse sur Bryce Canyon. Face aux protestations répétées d’une voyageuse avertie, nous avons revu un peu le parcours. Bien nous en a pris… Merci 😉

Partis tôt le matin, nous débarquons sur les rives du Bryce Canyon aperçu la veille. Garés près du Sunset Point, on opte pour une courte randonnée dans cet immense amphithéâtre en combinant le Queens Garden Trail et la Navajo loop. Le chemin descend doucement en serpentant entre les hoodoos de roche rouge, orange et jaune où quelques îlots de verdure tentent de se frayer un chemin. Ces grandes colonnes colorées, joliment appelées cheminées de fées, seraient les restes d’âmes ayant mal agi… bien plus poétique que toute autre explication géologique!

Si tout paraissait assez uniforme vu d’en haut, curieusement, le paysage change au fil de la balade. On traverse ainsi des zones très dégagées où les hoodoos ont laissé la place à d’élégantes dunes colorées, on baisse la tête en passant sous quelques portes creusées dans la roche avant d’atterrir dans d’étroits canyons ombragés. Même avec ses quelques 2000 mètres d’altitude, Bryce n’est pas épargné par la chaleur du mois d’août et la dernière montée, qui permet de quitter l’amphithéâtre, parait un peu raide sur le moment. On ressort de cet univers un peu à part au Sunrise Point où nous attendent de nouveaux écureuils. Chacun grimpe à son rythme et jette un dernier coup d’œil à ce tableau coloré avant de sauter dans la voiture. De nouvelles surprises patientent au bout de la route !

En chemin pour Zion, la circulation ralentit brusquement. A deux doigts de ronchonner, un bref regard au loin dissuade d’émettre la moindre protestation. A quelques mètres de nous, une famille de bighorns traverse nonchalamment la route et se campe en bordure des bosquets. A flanc de falaise, la route tournoie entre les montagnes rosées et déjà l’endroit nous charme. Comme toujours, notre premier arrêt se fait au visitor center afin de vérifier la météo. Dans ces reliefs particulièrement accidentés, des flash floods sont régulièrement craints par les rangers et cet après midi ne fait pas exception. Nous voilà donc contraints de revoir notre programme et de nous lancer plus tôt que prévu dans LA randonnée du parc: Angels Landing.

Angels Landing au Zion National Park, c’est un mythe. 8,7 kilomètres, 450 mètres de dénivelé positif et certainement le trail le plus emprunté de tous les parcs nationaux américains. C’est aussi, pour certains, la randonnée la plus attendue de notre séjour. Réputé difficile, la perspective de réaliser ce trail en plein après midi ne nous enthousiasme pas particulièrement… mais comment renoncer à cet endroit?

Déposés par la navette au bord de la Virgin River, on jette un œil sur le panneau indiquant que huit personnes sont décédées sur le chemin depuis dix ans. Ambiance… Le début de la balade se fait gentiment le long de la rivière sous un soleil finalement assez doux. En arrivant face à la montée, une surprise inattendue nous attend: de l’ombre ! On monte en regardant le sol pour éviter de se rendre compte du dénivelé et, finalement, au bout du premier kilomètre, la vue sur le canyon récompense les premiers efforts. Encore un peu de grimpette avant de pénétrer dans un canyon étroit assez justement baptisé Refrigerator Canyon. Dans le fond, le sable et les débris de bois laissent deviner les traces des derniers orages. Alors qu’on s’habituait presque au plat, les 21 virages de Walter’s Wiggles se dressent devant nous. 21 virages, ça m’évoque l’Alpe d’Huez et les coureurs cyclistes arrivant au bout de leur vie sur le rond-point des pistes. Pas tout à fait une promenade de santé… et pourtant, on arrive au Scout Lookout sans souffrir ou presque. On commence même à se dire que le changement d’horaire était la meilleure chose qui pouvait arriver. Un premier point de vue nous attend… tout comme le dernier kilomètre qui se dresse littéralement face à nous.

Le dernier kilomètre justifie à lui tout seul la réputation de cet endroit. Des chaines courent le long d’un chemin plus ou moins étroit, légèrement entouré de vide sur 150 mètres de dénivelé. Par chance, nous ne sommes pas dérangés par l’affluence de randonneurs et une bonne moitié s’arrête au Lookout. On crapahute directement sur la roche en partageant parfois le chemin avec d’autres aventuriers. On grimpe sans se soucier du vide et on se sent finalement plutôt en sécurité. En arrivant au sommet de l’ultime crête, le panorama offert donne sur tout le parc. Avec une émotion un peu particulière, on admire ce tableau coloré en imaginant que, à bien y penser, les anges pourraient réellement atterrir ici. Angels Landing c’est beau, c’est grand, c’est magique.

Par hasard, en pleine observation, un éclair fend l’air et nous sort de notre rêverie. Le ciel s’assombrit brusquement. Encore perchés au sommet de notre crête, on remballe rapidement les appareils photos et les sacs à dos pour faire le chemin inverse. Les couleurs sont belles à l’annonce de l’orage mais nous ne pouvons pas prendre le risque de flâner. De retour au Scout Lookout, on file au pas de course dans les séries de virages. Dans le canyon, un vent frais circule et simule le bruit d’une vague. On se retourne, un peu inquiets par la perspective de voir des trombes d’eau dévaler la roche. Alors que l’on se presse, quelques inconscients continuent de grimper vers le sommet sans se préoccuper le moins du monde du ciel noir qui couvre désormais nos têtes.

L’orage éclate au moment où l’on s’installe dans la navette. Des trombes d’eau s’abattent sur Zion, la poussière rouge emportée par l’averse glisse sur la route et les téléphones vibrent: le parc envoie un message d’alerte à tous les visiteurs en les invitant à se mettre à l’abri au plus vite. Quelques sirènes retentissent: les rangers et les secours se pressent vers les Narrows où nous devions passer l’après midi. Une petite rivière s’est formée devant notre hôtel où presque 10 cm d’eau circulent. Il faudra plus d’une heure pour que le temps se calme. Installés au chaud et une fois sec, on se félicite finalement d’avoir changer nos plans… Aucun doute, Zion se mérite.

 

Coté pratique

Le logement

  • Bumbleberry Inn, 97 Bumbleberry Lane, Springdale, UT 84767

Excellent petit déjeuner pris dans le restaurant voisin. Piscine et salle de sport à disposition (s’il vous reste encore de l’énergie)

Les visites

  • Bryce Canyon National Park

Queens Garden Trail et Navajo loop: boucle de 5 km. Seule la remontée tape un peu dans les jambes et il n’y a pas d’ombre.
Pass América the Beautiful accepté, Tous les documents pratiques pour le parc sont ici: https://www.nps.gov/brca/planyourvisit/maps.htm

  • Zion National Park

Pass América the Beautiful accepté, Tous les documents pratiques pour le parc sont ici: https://www.nps.gov/zion/planyourvisit/maps.htm