The Subway

Lors de notre précédent voyage, Zion avait été mon incontestable coup de cœur. Couleurs incroyables, reliefs escarpés, randonnées uniques voire carrément mythiques…. Zion avait déjà tout. Le parc cachait pourtant d’autres mystères, de ceux qui restent sagement blottis dans un coin de la tête, dans l’attente d’être découverts. Au fond du canyon, le Subway patiente, protégé par les rangers et par des heures de randonnée. Cette fois, ni les kilomètres, ni la chaleur ne sont les plus grand remparts. Cette fois, nous ne pouvons compter que sur notre bonne étoile.

Soucieux de préserver cet endroit unique, le National Park Service a en effet imposé l’obtention d’un permis délivré par un système de loterie. Deux chances sont données aux visiteurs: 3 mois et quelques jours avant la randonnée prévue. L’attente est longue jusqu’à la première réponse… négative. On retente notre chance un soir, en se branchant sur le wifi d’un bar bruyant, après une journée désespérément pluvieuse. On retente et on oublie presque. Il fait déjà nuit quand, quelques jours plus tard, on allume l’ordinateur pour découvrir un mail du parc national. Une douce euphorie règne alors dans notre chambre de motel: le miracle s’était produit, nous avions un permis !

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3 juillet 2018

Notre bonne étoile brille toujours au dessus de nos têtes et nous garantit une météo sans risques orageux. Une longue randonnée nous attend et le thermomètre, en revanche, a vite tendance à s’emballer ces jours ci. Le soleil est donc à peine levé quand nous prenons la route, permis en poche, sac à dos chargés et impatients de dévaler le sentier. L’itinéraire du Subway étant peu balisé, on sort le GPS et la trace téléchargée la veille, trace qui nous entraine sur un chemin plein de sable jonché de roches noires. On suit bêtement ce chemin improvisé jusqu’au bord du canyon. Sous nos pieds, le vide: une falaise abrupte et pas la moindre trace de piste. On hésite mais il nous faut finalement faire demi tour et tourner en rond un moment pour retrouver le bon chemin.

La balade serpente doucement le long des falaises, dans un silence reposant. Rapidement, le chemin devient plus raide et l’on aperçoit finalement, en contre bas d’un champ de pierre particulièrement abrupt, quelques randonneurs. Avec prudence, nous suivons cet improbable circuit, les jambes bientôt pleine d’une poussière rosée. Ce n’est qu’une fois arrivés en bas, indemnes, que l’on commence à s’inquiéter du retour. Ces pensées sont cependant vite balayées par le décor, charmant et tranquille.

Le cours d’eau est bordé d’herbes vertes et hautes, parsemées de fleurs jaunes. Il court entre des roches de toutes tailles et de toutes formes, partagées entre les nuances de roses et de gris. Ici, impossible de se perdre: il suffit de remonter le lit de la petite rivière sur des kilomètres. Si la randonnée n’a rien de vraiment difficile, elle n’est pas pour autant particulièrement reposante: on passe régulièrement d’une rive à l’autre en escaladant chaque fois de nouvelles pierres ou en s’aventurant dans les herbes hautes. On croise à nouveau le petit groupe de randonneurs puis plus rien. Nous sommes seuls au monde au cœur de Zion.

Le lit de la Left Forkof North Creek s’élargit à mesure que le soleil grimpe dans le ciel. Les falaises prennent des couleurs plus vives accentuées par un fond bleu sans nuage. Bientôt, le sable disparait et l’eau file directement sur la roche. Nous voilà donc les pieds dans la rivière, le chemin ayant complètement disparu. De petites cascades apparaissent finalement, marquant un réel tournant dans la balade. Les arbres prennent de la hauteur, la roche s’arrondit, le canyon devient subitement plus étroit.

On avance le nez en l’air, tout petits au pied de ces falaises qui se rapprochent toujours plus. Un virage, un autre et, enfin, on aperçoit les rondeurs du Subway. Les lumières du canyon se reflètent dans l’eau presque stagnante devant l’entrée des lieux et la douce euphorie de la loterie gagne à nouveau les troupes. Il n’existe sans doute pas, à cet instant, de randonneurs plus privilégiés que nous, seuls devant une merveille que peu on la chance de découvrir.

On s’avance tout doucement vers l’entrée du tunnel, avançant à pas de loup sur la roche polie par les années. Les parois du Subway cache une succession de piscines naturelles à l’eau bleutée translucide. Le chemin s’arrête ici, dans ce décor incroyable baigné de soleil. Par curiosité, et sans doute pour prolonger un peu le plaisir de la découverte, on dépose toutes les affaires aussi haut que possible avant de partir à la nage dans le dédale des derniers bassins. Alors que la fraicheur saisit instantanément chaque muscle immergé, on avance en riant bêtement, insensible à ce léger détail. Après quelques virages, une cascade d’eau glacée nous accueille dans le dernier bassin. Les plus courageux se glissent dans une étroite faille entre deux rochers pour se laisse asperger par la Keyhole Falls, dernière étape du voyage.

Un peu à contre cœur, on finit par rebrousser chemin, détrempés mais ravis de cette expérience insolite. Un immense tronc d’arbre posé en travers de blocs rocheux non moins imposants nous héberge le temps d’une pause déjeuner, pieds dans l’eau et seulement entourés de quelques papillons. On y passe un long moment, à la fois pour profiter de l’endroit et pour retarder l’instant où il faudra à nouveau crapahuter sous un soleil brulant…

Il nous faudra plus d’une heure de marche pour retrouver l’abrupte descente pleine de roches traversée à l’aller. Peu convaincus, on finit par s’y engager avec une extrême prudence de peur de faire rouler des pierres à chaque pas. Ce n’est qu’une fois arrivés au sommet qu’un couple, qui nous observait étrangement, nous a demandé pourquoi nous n’avions pas emprunté le chemin. On se regarde, sans un mot, perplexes… en voilà une bonne question. Le dernier kilomètre qui nous sépare de la voiture a des airs de promenade de santé après cette remontée chaotique. Tout en marchant, on se promet intérieurement de ne plus jamais suivre des randonneurs ou des traces GPS aveuglement à l’avenir. A l’arrivée, les bouteilles d’eau, soigneusement économisée sur le chemin, sont rapidement vidées. Notre petit SUV climatisé fait soudainement figure d’oasis et nous roulons vers un repos bien mérité.

Après une courte pause à l’hôtel, juste le temps de retrouver un aspect présentable, nous partons sur la magnifique route 9 qui longe la Virgin River en direction de Springdale. Une petite table nous y attend en terrasse, survolée par de minuscules colibris. Quand quelques deers traversent la route entre deux tintements de verres, on se dit que Zion a résolument tout pour plaire.

20180703 (83) - copie

Coté pratique

Le logement

  • Super 8 by Wyndham Hurricane Zion National Park, 65 South 700 West, Hurricane, UT 84737

Chambres spacieuses, piscine et petit déjeuner inclus avec machine à gaufre. Emplacement idéal pour se rapprocher de Zion à un prix raisonnable.

 

Les visites

  • Zion National park – The Subway – 15km aller retour, environ 6h.

Pass America the Beautiful accepté, Tous les documents pratiques pour le parc sont ici: https://www.nps.gov/zion/planyourvisit/maps.htm

Les inscriptions pour la loterie du Subway ont lieu ici: https://zionpermits.nps.gov/lotteryapply.cfm

Ne pas oublier de vérifier la météo, capricieuse à Zion: personne n’aimerait se retrouver dans le Subway pendant un orage…

 

Les repas

  • Spotted Dog Cafe, 428 Zion Park Blvd, Springdale, UT 84767-7701

On se régale de plats un peu plus fins que d’habitude et desserts faits maison sur une terrasse où les colibris volent au dessus de nos têtes. Les deers du parc se promènent sur le trottoir qui longe le restaurant : magique !

Fumerolles et caldeiras

28 juin 2018

Sur le chemin du parc, on traverse Fort Yellowstone où les wapitis profitent largement des pelouses bien tondues qui bordent les bâtiments de pierre, imposants et austères. Pourtant, notre périple du jour nous démontrera encore que le Yellowstone est résolument plein de couleurs.

En arrivant à Mammoth Hot Springs, on découvre de superbes terrasses de calcium sur lesquelles glisse une eau chaude parfois fumante. Les teintes sont changeantes: de l’ocre, du jaune, du blanc voire de l’argent, balayées par une vapeur odorante. Plantées dans ce décor étonnant, des reliques d’arbres morts figés dans le temps se reflètent dans les flaques d’eau. Le décor est étrange, unique mais peu fréquenté ce matin là malgré son accessibilité d’une facilité déconcertante. On profite donc avec joie de cette quasi solitude, rare au Yellowstone.

Après un pique nique grignoté sous une cabane de bois, la visite se poursuit dans le plus actif des secteurs géothermiques du parc, le Norris Geyser Basin. Des fumeroles, des mud pots et des geysers peuplent ce curieux décor, sauvage et inhospitalier. Les couleurs et l’ambiance y sont étranges, baignées de vapeur, de fumée, d’eau bouillante et d’odeurs de souffre. Porcelain Spring, à l’aspect laiteux improbable et quasiment désertée par la verdure est sans doute le clou du spectacle. On y déambule sur des platelages sous lesquels le sol frémit. Autour de nous, les bassins ont des nuances bleutées, vertes ou grises changeantes sous le ciel parfois menaçant.

Entre deux zones de chantier et trois bisons, sur le bord de la route, une pancarte annonce Artists Paintpots. Avec un nom pareil, on opte immédiatement pour un détour. Principalement connu pour ses mud pots, le secteur est traversé par un petit sentier d’à peine un kilomètre où les chipmunks gambadent  autour de mini bassins bouillonnants. On en fait cependant vite le tour., un peu déçu après avoir observé longuement le secteur de Norris.

La foule qui s’accumulent le long de la chaussée et la file de voiture à l’arrêt (voire garées n’importe où) nous indique l’approche de notre dernière étape, icône des photographes et emblème des États Unis. Le Grand Prismatic est une merveille de couleurs et de curiosité. Ce gigantesque bassin d’eau multicolore, de plus de 100 mètres de diamètre, impressionne. Bleu, vert, orange ou rouge sont données par des organismes thermophiles: plus le milieu est chaud, plus le bleu est présent. Une fumée bleue grime vers le ciel, des vagues de chaleur balayent les visages et de sournois courants d’air font décoller nombre de casquettes au bord du géant. On l’observe d’abord depuis le sol avant de se diriger vers le parking voisin. De là, un sentier grimpe doucement dans la foret afin d’offrir un peu de hauteur aux visiteurs mais, même arrivés au sommet, on réalise difficilement l’ampleur du décor.

29 juin 2018

Le parc s’éveille sous un temps terrible, grisonnant et humide. Le visitor center proche du Old Faithful Geyser abrite une foule de visiteurs emmitouflés dans diverses épaisseurs surmontées de Kway détrempés. En attendant l’éruption , on prend le temps de le visiter ainsi que le grand hôtel voisin, Old Faithful Inn, tout de bois, de pierre et de lumière. Aux alentours, le sol fume dans toutes les directions et semble former de nouveaux nuages.

Gelés et trempés, on reprend la voiture pour se diriger vers le Grand Teton National Park à la recherche d’un climat favorable. Si les trombes d’eau s’arrêtent de tomber, il faut admettre que le décor, lui, nous déçois après deux jours complets au Yellowstone. Vallées et montagnes enneigées se succèdent malheureusement sans caractère particulier. On y randonnera longuement le lendemain avec le même sentiment: le parc souffre de sa comparaison avec son imposant voisin.

La petite ville de Jackson, en entrée du parc, nous séduit en revanche à l’instant même où on la découvre. Ambiance cowboy avec ses saloons, ses devantures de bois, ses magasins de déco et de souvenirs tous plus charmants les uns que les autres. On s’y promène longuement, voguant d’une galerie d’art au magasin de souvenirs, de bars animés aux magasins de sport, de bottiers aux restaurants bondés. L’endroit parfait pour une soirée réconfortante après une météo capricieuse.

Coté pratique

Le logement

  • Al’s Westward Ho Motel, 16 Boundary St, West Yellowstone, MT 59758

Hôtel bien situé, près du centre, d’un super marché et de l’entrée ouest du parc. Petit déjeuner non compris.

Les visites

  • Yellowstone National Park

Pass America the Beautiful accepté. Toutes les cartes sont disponibles ici: https://www.yellowstonepark.com/park/national-park-maps

Les repas

  • Canyon Street Grill, 22 N Canyon St, West Yellowstone, MT 59758-9545

Le décor nous a tapé dans l’œil immédiatement mais la cuisine ne nous a vraiment pas marqué.

Premiers pas au Yellowstone

27 juin 2018

La route qui nous conduit au Yellowstone est fidèle au reste du Wyoming, traversé la veille. De larges prés, de la verdure, des ranchs et des chevaux défilent sur des kilomètres. Sur les hauteurs, de superbes maisons aux larges baies vitrées s’ouvrent sur un paysage doux et verdoyant. Le décor est sauvage, traversé par des rivières agitées jonchées de pierre et de bois. L’Ouest prend ici des couleurs bien différentes.

Nous n’avons qu’une heure à faire depuis Cody mais elle parait interminable tant l’impatience est grande. A l’entrée du parc, les lacs sont entourés de forêts de cimes argentées qui donnent une lueur étrange au décor. Sur les traces de bois incendiés, de nouvelles générations de pins prennent pourtant vie.

A Mud Volcano, on découvre une atmosphère nouvelle et surprenante où tout gronde, fume ou crépite. On fait le tour de la zone sur un court platelage où le vent ramène des nuages de chaleur et d’odeurs curieuses, acides. Les mares et les filets d’eau bouillonnent, prennent des teintes étonnantes ou explosent soudainement à quelques mètres de nous.

Loin de cette ambiance de cours de chimie, sur la route du canyon, des champs d’herbes hautes sont balayés par le vent. Les prairies semblent danser en contrebas de la route. Un petit bison les traverse en courant et en bondissant pour rejoindre sa maman et, déjà, on se sent séduits par le parc.

A cause des travaux en cours dans le secteur, il faut s’armer de patience pour gagner Artist Point. Une file de voiture remonte toute la route et il nous faut encore une fois compter sur la baraka de Ptit Jo pour espérer se garer. Depuis la voiture, rien ne laisse transparaitre le changement de paysage que représente le Grand Canyon de Yellowstone. Couleurs chaudes, cascade impressionnante et point de vue à pic ont tout pour plaire. Les arbres aux racines volantes poussent par miracle sur des parois colorées plus qu’abruptes. Après une petite balade sur la rive sud, on traverse la rivière pour découvrir le saisissant Lower Falls Point. L’eau chute dans un spectaculaire vacarme sous nos pieds, le décor est fendu d’un immense arc en ciel et on commence à comprendre pourquoi le Yellowstone est si mythique.

Notre journée s’achève par la Lamar Valley, sorte d’ile aux trésors pour les amoureux de la faune. Dès les premiers kilomètres, la présence de rangers attire notre attention: un ours énorme dissimulé dans des buissons bleutés se balade à une vingtaine de mètres de la voie. On ne peut s’attarder à proximité mais, un peu plus loin, la chance nous sourit à nouveau. La silhouette d’un jeune ours lézardant au soleil avec bonheur se dessine dans l’herbe haute. On l’observe un moment, roulant sur le sol, les yeux fermés pour profiter de l’air frais. On roule encore quelques kilomètres avant de découvrir les étranges antilopes d’Amérique évoluant doucement dans les plaines.

On s’arrête finalement près des méandres de la rivière. Le décor est parfait. L’herbe verdoyante et les fleurs sauvages bordent un cours d’eau tranquille et peu profond qui fait doucement rouler les cailloux. Les sommets enneigés marquent l’horizon et, sous un ciel bleuté sans nuage, des hordes de bisons évoluent paisiblement. On s’installe au bord de l’eau pour observer ces imposants herbivores, si nombreux que l’on peine à les compter. Le soleil caresse la peau, le clapotis de l’eau est dispersé par l’air frais qui court dans la vallée. Une première famille traverse la rivière un peu plus loin sous les yeux d’un imposant mâle. Partout, les petits veaux courent dans l’herbe, font des bonds et pataugent dans l’eau. Pleins de fougue et de joie, ils séduiraient instantanément les âmes les plus insensibles. Face à tant de paix, on reste un long moment à les admirer en silence, un sourire au coin des lèvres. A deux doigts d’acheter un ranch, un cheval et de venir vivre dans cet endroit incroyable, on finit pourtant par reprendre la route qui nous mène vers de nouvelles aventures.

Coté pratique

Le logement

  • Sunrise Motor Inn, 1407 8th Street, Cody, WY 82414

Petit déjeuner non compris et piscine agréable.

  • Yellowstone Big Rock, 902 Scott Street, Gardiner, MT 59030

Emplacement intéressant proche du centre-ville et de l’entrée Nord de Yellowstone mais prix bien trop élevé au regard des prestations…

Les visites

  • Yellowstone National Park

Pass America the Bueatiful accepté. Toutes les cartes sont disponibles ici: https://www.yellowstonepark.com/park/national-park-maps

Brink of the lower falls Trail: 2.5km, 45 minutes

 

Les repas

  • Millstone Pizza Company & Brewery,1057 Sheridan Ave, Cody, WY 82414-3529

Des bonnes pizzas nettement plus copieuses qu’elles n’y paraissent ! Une pizza moyenne nous aura fait 2 voire 3 repas. Décor plutôt sympa.

  • Iron Horse Bar & Grill, 200 Spring St, Gardiner, MT 59030-7747

Pour une blue Moon (ou autre) sur une terrasse perchée au dessus de la rivière.

Les montagnes du Colorado

24 juin 2018

Le froid enveloppe la voiture à mesure que l’on file vers le sommet du Mount Evans. Les sapins s’effacent au profit de pins biscornus puis de nuages. Il fait 49°F et nous roulons dans une grisaille qui annoncerait presque la neige, à peine égayée par les fleurs sauvages colorées qui poussent partout sur les bas côtés. On grimpe, toujours plus haut à chaque tournant, traversant les nuages sous l’œil vigilant des marmottes.

Un virage, un autre et soudain une silhouette blanche se dessine dans les rochers. Mon copilote me dépose et grimpe vers le sommet (il est parfois difficile de se garer le long de la route). Elle est là, broutant paisiblement les mousses colorées qui recouvrent le décor. Elle est là, ma première chèvre des montagnes. Elle me jette un œil curieux avant de reprendre son repas. Derrière elle, quelque chose remue. Une boule de poils toute blanche pointe alors son museau noir. Magie d’une rencontre… Mes mains commencent à geler quand Maman et son petit reprennent leur chemin et s’enfoncent dans les nuages. Un peu plus haut, un autre groupe de chèvres vagabonde, magnifiques, imposantes et complètement indifférentes aux visiteurs.

On poursuit la route jusqu’au sommet à quelques 4300 mètres d’altitude. Armés cette fois d’épaisseurs supplémentaires, on marche jusqu’à la crête, toute minérale. Quelques flocons nous y accueillent, le thermomètre descend à 38°F et nous voilà gelés à repenser au surf sur le sable de la veille. Pour la première fois du séjour, le soleil nous lâche. A peine de retour à la voiture, la neige puis la pluie s’abattent sur la route jusqu’à Grand Lake. En 48h, toutes les saisons auront défilé dans le ciel capricieux du Colorado.

Les Rocky Mountains apparaissent au bout de la route et un nouveau défi nous y attend. Sur les conseils du Visitor Center de Grand Lake, on passe un bon moment à longer le Colorado, étroit et sinueux dans le secteur. On fixe avec une extrême attention la forêt qui borde le bitume jusqu’au Holzwarth Historic Site, vieux ranch des années 20 tout en bois près duquel se baladent des dizaines de wapitis… l’enjeu est ailleurs.

On reprend la voiture, on vadrouille encore, les yeux rivés sur les rangées d’arbres plus ou moins denses. Une forme sombre se dessine finalement au loin. On s’arrête un peu en urgence sur le bas côté car elle est là, la raison de notre venue. Il est là, brun, imposant, évoluant dans les broussailles. Derrière nous, c’est l’embouteillage qui se dessine. Les voitures s’arrêtent rapidement pour observer à leur tour les allées de pins et, en quelques minutes, une dizaine de voitures et un bus se sont arrêtés derrière nous. L’élan disparait derrière un arbre comme il était apparu. Par chance, on le retrouve au parking voisin, pataugeant joyeusement dans un petit étang.

25 juin 2018

Le soleil semble être revenu pour de bon sur les Rocky Mountains et vient nous réchauffer après une journée emmitouflés dans trois épaisseurs. Mal réveillés, on part un peu plus tard que prévu de l’hôtel et, alors qu’il est à peine 9h, des panneaux nous annoncent que le parking de Bear Lake est déjà plein. Comptant sur notre Ptit Jo porte bonheur, on s’engage tout de même sur la route qui slalome jusqu’aux lacs. Notre coup de poker est récompensé et nous sommes accueillis par des écureuils qui traversent le sentier dans tous les sens.

Quelques minutes de marche suffisent à atteindre le Nymph Lake, recouvert de nénuphars avant de grimper gentiment à travers une forêt de pins en direction du Dream Lake. Les geais sautillent de branche en branche au dessus de nos têtes et un jeune pic attire notre attention. La balade est prisée des visiteurs du parc mais, finalement, assez paisible.

Jusqu’au Emerald Lake, de petits cours d’eau et cascades animent le paysage. Les fleurs sauvages les colorent, parfois accompagnées de quelques tas de neige. Sur le chemin du des enfants construisent même un bonhomme miniature. Le sentier grimpe finalement pour rejoindre le Lake Haiyaha, au cœur du Chaos Canyon, dissimulé derrière de gros rochers. Les décors sont changeants, on a chaud, on a froid, on escalade des rochers ou on déambule dans les sous bois pour atteindre les Alberta Falls, dernière étape de la randonnée.

La Trail Ridge Road, route scénique longue qui plane à quelques 3 700 mètres d’altitude au point le plus haut, marque la dernière étape de la journée. Sur les pans de montagnes ensoleillés, des centaines d’elks ont élu domicile. Certains jouent dans la neige et grimpent avec curiosité vers la terrasse du Alpine visitor center. Il n’y a plus un arbre autour de nous. Le paysage s’est mué en une toundra verdoyante, parsemée de petites fleurs. Les cris aigus des marmottes et des pikas résonnent dans ce paysage balayé par le vent. On les aperçoit à peine, dissimulés dans les rochers et les herbes colorées. La route défile encore sur près de 50 miles et nous ramène, presque à regret, vers Denver où nous passerons la nuit.

Coté pratique

Le logement

  • Twin Owls Motor Lodge, 700 Saint Vrain Avenue, Estes Park, CO 80517

Pas de grand intérêt autre que le tarif et l’emplacement. Petit déjeuner non compris

  • Super 8 by Wyndham Denver Midtown, 2601 Zuni Street, Denver, CO 80211

Emplacement intéressant proche du centre-ville de Denver, petit déjeuner compris et copieux !

Les visites

  • Mount Evans,

Entrée $15 par voiture

  • Rocky Mountains National Park

Pass America the Bueatiful accepté. Randonnée via Bear, Dream, Nymph & Emerald Lakes Trail (9.3 km – Dénivelé 185 m – 3h30 – Modéré) et retour par Alberta Falls. Le parking le plus près est celui de Bear Lake à l’extrémité de la Bear Lake Road mais il est très rapidement saturé… il faut donc prévoir de se lever tôt ou prendre la navette gratuite.

 

Les repas

  • TGI Fridays, 8104 E 49th Ave, Denver, CO 80238

Parce qu’on ne se lassera jamais des ribs au Jack Daniel’s de cette chaine de restaurants !

Great Sand Dunes

22 juin 2018

On quitte la douceur d’Ouray pour le Black Canyon of the Gunnison, petit parc national méconnu tout en longueur. Autant l’admettre, à l’origine, il était l’occasion de prendre une route différente de l’aller pour rejoindre Great Sand Dunes. On arrive donc sur la rive Sud dans la matinée, accompagnés des 2 motos et d’un SUV qui seront nos seuls voisins. Le parc se visite surtout en voiture et on s’arrête régulièrement aux différents points de vue présents le long de la route. Les arrêts s’enchainent et ont chacun leur caractère. Le vide s’y déploie sous nos pieds, bordé de parois sombres et ombragées. Tout le long du parcours, la gorge étroite et profonde du canyon voit si peu de lumière qu’elle a donné son nom au parc national. Parfois dissimulée par la roche la violente Gunnison River s’écoule bruyamment dans une série de méandres colorés.

Cedar Point, sans doute mon point de vue préféré, propose une courte balade qui ravit les amateurs de botanique. Les oiseaux chantent à l’abri des buissons denses et les lézards traversent le chemin en courant à notre passage. Le point de vue est superbe, on y entend plus que le vent et les remous de cette rivière colorée.

L’accès à la rivière étant plutôt long et compliqué, on opte pour la Oak Loop, courte balade ombragée, où l’on vadrouille, distraits par les dizaines de papillons, baignés par une bonne odeur de pin et entourés par les fleurs colorées et les herbes hautes qui bordent le sentier.

Trois heures de voiture plus tard, la route de Great Sand Dunes a des airs de savane, avec son herbe jaunie et ses buissons argentés qui peuplent des plaines à perte de vue. Le sol sablonneux s’étend des montagnes dans toutes les directions sous des nuages quelques peu menaçants qui accentuent ce décor surprenant. Rapidement, les dunes apparaissent en arrière plan, toutes en rondeur. On s’arrête au premier parking pour filer mettre les pieds dans le sable chaud et doré. Les montagnes se dessinent en arrière plan de ces dunes majestueuses et les nuages s’effacent par magie, laissant place à un doux soleil qui vient réveiller le paysage. Les dunes se muent en un jeu d’ombre et de lumière formidable. C’est beau. Terriblement beau. Great Sand Dunes, le rendez vous est pris, nous revenons demain.

23 juin

Great Sand Dunes a vraiment tout du mirage. Ces dunes majestueuses qui apparaissent au bout de la route semblent toujours irréelles. D’ailleurs, le sentier pour les gravir n’existe pas vraiment lui non plus. On suit les traces de nos prédécesseurs, peu nombreux à cette heure, et qui s’effacent déjà peu à peu. Le sable file sous nos pieds et entre partout dans les chaussures. La première montée est un peu sévère, tape dans les jambes et met à mal les poumons. Au sommet, le sable frais du matin est comme une caresse.

L’ascension reprend, nettement moins raide, sur les crêtes de dunes immaculées. Au loin s’étendent paysages de plaines, de montagnes et de verdure. Perchés sur la Star Dune, on ramène un peu de sable en souvenir de cette improbable expédition avant de dévaler la pente en courant sur le chemin du retour.

Le parc s’est soudainement rempli. Des dizaines de familles arrivent armées de luges, de sandboards et de paniers de pique nique. Les enfants courent dans le sable comme si c’était la chose la plus facile au monde, parfois vêtus comme des cosmonautes et équipés de masques ou de lunettes de piscine. On s’essaie nous aussi au sandboard avec plus ou moins d’endurance et de succès.

En sortie du parc et après avoir bravé une route pas franchement carrossée, on gagne les Zapatas Falls pour une pause de fraicheur. Quelques minutes le long d’un chemin de terre suffisent pour rejoindre un ruisseau translucide. Les pieds dans l’eau, sautant d’un caillou à l’autre, on remonte le cours d’eau pour découvrir les chutes dissimulées par la roche. L’endroit parfait pour une pause pique nique avant de reprendre à nouveau la route à travers les plaines brûlées par le soleil du sud du Colorado.

Coté pratique

Le logement

  • Riverside Inn of Alamosa, 250 Broadway Avenue, Alamosa, CO 81101

Pas de grand intérêt autre que le tarif. Petit déjeuner non compris

  • Motel 6 Colorado Springs, 8280 Voyager Pkwy at Razorback Road, Colorado Springs CO 80920

Motel en réhabilitation aux chambres grandes et propres. Situé dans une zone commerciale. Petit déjeuner non compris.

Les visites

  • Black Canyon of the Gunnison National Park

Pass America the Bueatiful accepté. Oak Flat Loop Trail (3.2km, boucle, 1h)

  • Great Sand Dunes National Park

Pass America the Bueatiful accepté

  • Great Sand Dunes Oasis, 7800 CO-150, Mosca, CO 81146

Location de luges et de sandboards dès l’ouverture du parc, prévoir d’y être tôt les weekends: http://www.greatdunes.com/to-do.html

Mesa Verde

21 juin 2018

En ce premier jour d’été, nous débutons notre exploration du Colorado par une jolie route qui slalome jusqu’aux cimes du Mesa Verde National Park. On traverse un plateau verdoyant entaillé de canyons et au sommets parfois grisonnants: de longues allées boisées ont été balayées par des incendies et il ne reste souvent que des troncs argentés disséminés dans de larges prairies.

On arrive vers 8h30 à Cliff Palace où, enfoncée dans le canyon, une ancienne cité indienne attend d’être découverte pour la première fois de la journée.  Un ranger tout bronzé débarque avec un sourire immense et enchaine, avec une bonne humeur communicative, blagues et références culturelles qui nous échappent parfois. Passées les consignes de sécurité, on dévale une première série de marches puis un chemin ombragé qui descend le long de la roche. Nous sommes en tête du cortège et avons donc la chance de découvrir les lieux préservés de l’essaim de visiteurs qui s’agglutinent derrière nous. Au détour d’un virage, le monde des Anasazis apparait, incroyablement calme et silencieux. Le guide prononce des flots de paroles ininterrompus qui font le plus souvent office de bruit de fond: assise sur une marche de pierre froide en bordure du village, mon esprit est déjà parti très loin dans le passé. La première vague d’explications, on nous laisse accéder aux maisons et kivas. Les descriptions du ranger sont cette fois plus concises et plus claires et permettent de mieux appréhender ce pan d’histoire resté figé dans la falaise. Après près de 3/4 d’heure de visite, le retour se fait par un chemin étroit dissimulé dans la roche où l’on doit grimper quelques marches et une échelle de bois avant de regagner la surface.

De retour au parking, une longue file de carrosseries multicolores a occupé une bonne partie des places de parking. Les premiers cars arrivent et s’alignent près du départ du sentier. Une fois de plus, notre réveil matinal a été récompensé. Nous partons donc vers la visite suivante à quelques centaines de mètres seulement. Au bout d’un court chemin descendant le long de la roche, une échelle d’une dizaine de mètres grimpe vers le village troglodyte de Balcony House. La visite est un peu plus acrobatique mais les lieux semblent plus intimes et préservés. Le village, invisible depuis la surface, a quelque chose de la cité perdue. Un nouveau ranger nous guide entre ces murs, accompagné de vieilles photos et de dessins. Ses explications nous paraissent plus accessibles et nous renseignent davantage sur cette civilisation finalement peu connue. On quitte les lieux en rampant dans un court tunnel avant de regagner la surface, charmés par la visite.

La route jusqu’à Durango est un véritable changement de décor. Les pins s’allongent, les forets se densifient, les reliefs s’accentuent et les petites fermes fleurissent sur les abords. On s’arrête pique-niquer au bord d’une rivière sombre autour de laquelle virevoltent les graines de cottonwood, semblables à de la neige. Atour de nous, les flocons tapissent les herbes et la roche humide comme le ferait les premières neiges. Un vent de fraicheur souffle sur les rives de l’Animas River pourtant paisible.

La ville voisine est, elle, plutôt animée. Bâtisses typées, murs de briques, arcades, décors de bois, façades victoriennes, galeries d’art et boutiques de souvenirs nous séduisent sitôt la voiture garée. La vieille gare abrite une locomotive du siècle dernier tractant des wagons de bois sur une ligne mythique du Far West, la Durango-Silverton. L’endroit sent bon le voyage et on rêvasse un peu en s’imaginant traverser montagnes, ponts et rivières le nez au vent et plein de suie, assis sur des banquettes en bois….. une prochaine fois.

En sortie de Durango, on emprunte la Highway 550 autrement appelée la Million Dollar Road en référence à la construction de cette voie dont les montants de travaux ont atteint des sommes vertigineuses. Le long de l’asphalte, les paysages de montagnes se succèdent sous un soleil radieux entre sommets, glaciers, forets et rivières. A travers les arbres, on devine de superbes maisons et chalets aux larges baies vitrées, petits coins de paradis coupés du monde. Après une heure de grimpe et de tournants, Silverton apparait finalement en contrebas, s’étendant le long d’une avenue de bitume entourée de ruelles de grave. Cette petite ville au passé Western est bien triste comparée à la dynamique Durango. En ce milieu d’après midi, nous sommes presque seuls à longer les vitrines colorées qui attendent sans doute l’arrivée du train à vapeur.

La plus belle partie de la route commence en sortie du village. Plus sinueuse, plus accidentée et sans doute plus impressionnante. En chemin, de vieilles mines semblent avoir été abandonnées au milieu de forets sur des pans de roches colorées. Ouray, lovée au cœur des montagnes, n’a rien d’une petite ville bordée de chalets mais nous charme au premier regard. On vadrouille sur l’avenue principale avant de tomber sur un concert et une microbrasserie ornée d’une terrasse. Comble de la soirée, une piscine d’eau chaude naturelle nous attend au pied de notre chambre. La nuit tombe sur le bassin dans lequel on barbote en regardant les étoiles s’illuminer au dessus des montagne.

Coté pratique

Le logement

  • Twin Peaks Lodge & Hot Springs, 125 Third Avenue, Ouray, CO 81427

On s’est beaucoup plus dans ce petit hotel entouré de montagnes, à la litterie impeccable et aux lits débordant de coussins. Le petit dej est de bien meilleur qualité que dans les motels et la piscine d’eau chaude est un véritable bonheur après une longue journée de route.

Les visites

  • Mesa Verde National Park

Cliff Palace et Balcony House, $10 par visite. Achat au visitor center la veille ou le jour même. Préférez les visites matinales pour éviter la foule.

  • Le Durango Silverton, 479 Main Avenue, Durango, CO 81301

Billet à $102 par adulte en Gondola (wagon ouvert)aux quels il faut ajouter $8 pour le parking et l’Historic Fee de $14. Le voyage est conseillé dans un wagon le plus éloigné possible de la locomotive et du côté droit.

Les repas

  • Ouray Brewery, 607 Main St, Ouray, CO 81427

Une microbrasserie plutôt sympa avec une terrasse donnant sur les montagnes.

Canyonlands

20 juin 2018

3h45. Le réveil sonne dans la chambre de notre motel sans âme. Il fait nuit noire dehors. On boucle les valises en vitesse avant de charger la voiture et de glisser les clés sous la porte de la réception. Direction Canyonlands National Park… ou presque. Pas bien réveillés, on réussit à se tromper de route. Vingt minutes de détour et du stress de bon matin… pas le temps de se perdre, nous avons rendez vous avec le soleil. Une fois sur le bon chemin, on guette avec inquiétude les étoiles qui s’effacent une à une dans le ciel bleuté. Le temps file et la route est encore longue. Dans le rétroviseur, la lumière du jour dessine les contours des montagnes de La Sal avant de les colorer complètement. Curieusement, nous ne sommes pas les seuls sur la route ce matin là. Ça roule sur le bitume parfois tortueux de Canyonlands, ça roule plutôt vite d’ailleurs car le soleil n’attend pas. On hésite, on regarde par la fenêtre le ciel s’éclaircir et on pense un moment qu’on arrivera jamais à temps. Au bout de cinquante interminables minutes, le parking de Mesa Arch apparait enfin. On y croyait plus. Les sacs sont chargés négligemment sur le dos sans prendre le temps de trier quoique ce soit et nous voilà partis au pas de course sur le trail sans un regard pour le paysage, animés par un seul objectif: être à l’heure.

Il est presque 5h30 quand nous arrivons devant l’arche où une vingtaine de photographes, armés de trépieds, attend déjà. On cherche le meilleur angle de vue aux places disponibles, on fait des tests de clichés et je finis par glisser sur les genoux entre les trépieds, calée entre 3 sacs à dos et la tête baissée pour ne pas gêner. D’autres amateurs de levers de soleil arrivent au compte-gouttes et tout ce petit monde finit par former une foule compacte. Les retardataires un peu trop ambitieux tentent de se frayer un chemin au plus près de l’arche et se font sévèrement reprendre. L’envers du décor…. Le soleil est annoncé à 5h56, ses premiers rayons ne peignent pourtant la roche qu’une dizaine de minutes plus tard. La scène prend des couleurs, montagnes et canyons se dévoilent au fil du temps. Il n’y a plus que le bruit des appareils qui déclenchent, le temps s’est figé. A 6h30, la foule se dissipe. Nous sommes seuls face à l’arche encore baignée par les rayons chauds. Nous y restons près d’une demi heure, seuls face à ce décor incroyable à grignoter distraitement notre petit déjeuner sous une lumière irréelle. Le réveil difficile est déjà presque oublié.

Un arrêt au visitor center nous permet de trouver le départ d’une randonnée éloignée des sentiers habituels. Le False Kiva Trail n’est pas indiqué sur les plans remis à l’entrée du parc et il nous faut noter les explications du ranger pour l’atteindre. Encore quelques minutes de voiture et le chemin, marqué uniquement par des cairns, se dessine dans la poussière entre les buissons épineux et les cactus. On amorce rapidement la descente avant de s’engager dans des amas de pierres rosées. Au cours de la balade, la vue s’ouvre en grand sur le canyon. On avance rapidement, un peu abrités du soleil, et il ne nous faut qu’une demi heure pour atteindre la kiva perchée dans une alcôve creusée dans la falaise. Au dessus de nos têtes, nichées dans d’immenses blocs de grès, les hirondelles vont et viennent en chantant. On grimpe un peu au hasard dans les cailloux qui roulent sous nos pieds pour atteindre le fameux cercle de pierres. Perchés sur notre belvédère naturel, on reste un moment là à se demander qui a bien pu vouloir s’installer dans un endroit si peu accessible. Fatalement, ça grimpe sur le chemin du retour. Même à 10h, le soleil brûle déjà la peau. A force de marcher le nez en l’air, on perd un instant de vue les cairns. En un clin d’œil, on s’écarte du chemin, on tourne en rond plusieurs fois avant d’escalader la roche pour espérer retrouver la route. En moins de trois quarts d’heure, on regagne tout de même notre voiture à la carrosserie et au volant brûlants.

A l’extrémité d’Island in the Sky, la partie la plus accessible du parc, Grand View Point est sans doute le point de vue le plus prisé du parc. Entièrement aménagé, il offre un panorama très dégagé sur le sud de Canyonslands et les méandres de la Green River et du Colorado, souvent dissimulés par les falaises. On opte pour le sentier tracé le long de la rive sur quelques kilomètres et qui permet de découvrir la vue sur l’autre versant. Étonnamment, on se lasse assez vite de cette balade tout plate et fréquentée. On s’y promène un peu plus d’une demi heure et on repart finalement assez vite. A quelques centaines de mètres du point de vue, une petite aire de pique nique nous offre une ombre appréciable. D’énormes corbeaux y ont élu domicile et volent autour des tables à la recherche de quelques restes oubliés. Le thermomètre s’affole toujours et nous quittons l’Utah sous une atmosphère étouffante. De nouvelles aventures nous attendent dans le Colorado !

Coté pratique

Le logement

  • Cortez Mesa Verde Inn, 640 South Broadway, Cortez, CO 81321, États-Unis

Un motel qui ne paie vraiment pas de mine depuis l’extérieur. Les chambres sont pourtant propres, plutôt spacieuses et conformes à ce que l’on attend d’un motel. Piscine accessible et petit déjeuner inclus dans le prix de la chambre. Sans doute un des hôtels les moins chers de Moab.

Les visites

  • Canyonlands National Park

Pass America The Beautiful accepté. Se lever tôt pour éviter la chaleur… rude en plein après midi.

False Kiva Trail n’est pas indiqué sur le prospectus de Canyonlands, il est en revanche indiqué par les rangers dans le visitor center. Compter une demi heure de descente et 40 minutes pour remonter en suivant attentivement les cairns.

Arches

18 juin 2018

Après un détour à l’hôtel de Moab, nous voilà partis un peu rapidement vers Arches. La route est magnifique avec ses virages ouvrant dans un décor sans fin. Le soleil décline un peu et il est presque 19h30 quand nous laissons la voiture au Wolf Ranch où, joie du mois de juin, nous trouvons facilement de la place.  Les marcheurs sont nombreux à quitter Delicate Arch mais nous ne grimpons pas seuls pour autant. Le chemin est bien balisé sur un petit kilomètre avant de se poursuivre directement sur la roche rosée de l’amphithéâtre. Ça grimpe plus que prévu et il nous faut près de ¾ d’heure pour atteindre Delicate. Le soleil décline déjà. Une file d’attente se dessine pour se faire prendre en photo sous l’arche au grand désespoir des photographes de paysage qui s’arrachent les cheveux. Le décor est tout en courbe, en douceur. On y reste un long moment à observer les couleurs changeantes et les visiteurs qui s’agitent. On reste d’ailleurs jusqu’à ce que la nuit tombe. Les étoiles apparaissent les unes après les autres et finissent par peupler le ciel. La lumière de la lune éclaire faiblement l’amphithéâtre dont la pierre renvoie la chaleur de la journée, le vent frais est tombé et il ne reste qu’à se perdre dans ce ciel bleuté.

19 juin 2018

Après avoir grignoté des pancakes et d’improbables muffins lourds comme des boules de pétanque sur le bord d’un canapé, notre départ tardif pour Arches se solde par une longue file d’attente à l’entrée du parc national. Il ne nous avait fallu que deux jours pour oublier le concept même de foule. Passée l’entrée, le trafic se fluidifie rapidement et on circule à nouveau sur la magnifique scenic drive flambant neuve. Comme la veille, on emprunte l’unique voie du parc qui court à travers d’abruptes falaises de roche rouge qui sentent bon le western. Les premières arches apparaissent au bout de la route, à l’approche de Devil’s Garden, où il nous faut faire 3 fois le tour avant de trouver une place de parking. L’espace d’un moment, on s’inquiète un peu pour la suite.

A l’entrée du sentier, un panneau rappelle à l’ordre les visiteurs: Heat kills…. le ton est donné. Les deux premiers kilomètres du chemin forment pourtant un sentier balisé et accessible à tous. Un petit détour mène à Pine Tree Arch, entourée de cyprès, avant de poursuivre vers Landscape Arch qui illustre à elle seule toute la fragilité et la finesse du parc. Tout ici semble avoir sculpté avec précaution, façonné par le temps et marqué par les éléments. La randonnée se poursuit alors en pataugeant dans le sable rosé qui colle à la peau et aux baskets jusqu’à atteindre la roche.

Un premier pan de roches gravi nous conduit à un second, puis un troisième et ainsi des suite jusqu’à atteindre un plateau offrant une vue panoramique sur le parc. Derrière ses reliefs anarchiques, on découvre presque avec surprise une immense étendue désertique, désespérément plate et poussiéreuse sur des kilomètres. Les visiteurs se sont dispersés, refroidis par les montées parfois un peu raides. On serpente dans les rochers, guidés par une série de petits cairns rosés. Une douce chaleur émane du sol et chauffe la peau balayée par le vent. L’odeur des pins portée par les courants d’air accompagne notre périple jusqu’à la Double O Arch, toute en rondeur, où l’on s’accorde une petite pause. Un écureuil tourne autour de nos barres de céréales avec envie et guette les rares zones humides pour se rafraichir un peu.

On poursuit finalement notre route sur le primitive trail toujours plus sablonneux et bien moins balisé ce que nous avons déjà traversé. Les cairns sont partout et finissent par nous induire en erreur tout comme deux autres petits groupes. On tâtonne, on grimpe, on renonce plusieurs fois avant de retrouver le sentier. Les derniers kilomètres nous font un peu payer notre arrivée tardive: le soleil est au plus haut et brûle la peau. Dans une sorte de désert bordé d’arbres morts, on cuit, littéralement, jusqu’au parking, toujours bondé.

Avant de quitter le parc, on s’attarde un peu dans la section des Windows où la concentration d’arches est plus importante que dans le reste du parc. Un court sentier mène aux North et South Windows ainsi qu’à la Turret Arch. Ici, on vient surtout prendre la photo de carte postale et il suffit de quelques minutes pour atteindre les arches depuis un immense parking où sont garés quelques bus. Un peu plus loin, l’ombre de la colossale Double Arch offre un peu de fraicheur. On prend la mesure de ce monument à mesure que l’on s’avance sur le chemin tout en levant les yeux. Au cœur de l’arche, on finit par grimper à même la pierre jusqu’à la plus haute mais aussi la plus étroite des fenêtres. Juchés sur un mur de roche, une bourrasque nous balaie le visage alors que l’on passait à peine la tête par l’ouverture. En rouvrant les yeux, le vide apparait sous nos pieds et le regard se pose au loin vers les dunes colorées. Face à nous, Arches, terre de contrastes, s’étend encore jusqu’à l’horizon.

Coté pratique

Le logement

  • Apache Motel, 166 Fourth E St, Moab, UT 84532

Un motel quelconque mais aux tarifs abordables ce qui n’est pas fréquent à Moab !

Les visites

  • Arches National Park

Pass America The Beautiful accepté. Selever tôt pour éviter la chaleur ! Randonnée complète de 10km, compter 3h avec pause pique-nique et photos.

Les repas

  • Pasta Jay’s, 4 S Main St, Moab, UT 84532-2503

Un restaurant italien situé en plein cœur de Moab et équipé d’une imposante terrasse. Les plats de pâtes sont  gargantuesques et plutôt bons.

De Capitol Reef à Goblin

18 juin 2018

Comme la veille, sur la route de Capitol Reef, on ne peut résister à plusieurs arrêts pour observer la roche aux nuances de couleurs changeantes sous les rayons du soleil qui chauffe doucement. A notre grande surprise, on croise nos premiers bisons et leurs petits qui évoluent paisiblement dans les prairies. Quelques kilomètres plus loin, les cerfs mulets se baladent dans les champs autour de la rue principale bordée de saules de la petite ville de Torrey. L’Ouest et sa faune s’éveillent.

Une fois passé le Visitor Center, la scenic drive, qui justifierait à elle seule une visite, nous entraine vers le fond du parc. On longe la roche, de plus en plus près, jusqu’à s’enfoncer dans le canyon, seuls ou presque. La route devient plus étroite à chaque virage et se termine par un chemin de terre qui file jusqu’à Capitol Gorge. Au bout du chemin, on opte pour un sentier courant entre les parois colorées du canyon qui s’élargit au fil du temps. On grimpe jusqu’aux tanks, asséchés à cette saison, avant de revenir tranquillement à la voiture, couverts de poussière rosée et charmés par cette première escapade.

Notre périple reprend sur la highway 24 qui marque un brusque changement de paysage. Les mille couleurs de Capitol Reef ont fait place à des montagnes de gris, fendues d’une unique route. Sur des dizaines de kilomètres sans vie, on se croirait perdus sur la Lune. Quelques oasis de verdure réapparaissent finalement  sur le chemin de Hanksville, petite ville étape pleine de sable et de poussière qui permet la bifurcation vers le nord. Là, des plaines à perte de vue débouchent sur de curieuses montagnes colorées. Dans cette Amérique sauvage, sous les notes de Queen qui s’échappent par la fenêtre, on perd la notion du temps et des distances.

L’arrivée au Goblin State Park nous réveille brusquement. A Observation Point, une horde d’adolescents parient bruyamment sur un jeu de cartes sans prêter la moindre attention au paysage qui les entourent. On s’en éloigne rapidement pour s’engager sur le Goblin Lair Trail. Nos débuts y sont un peu compliqués : le sentier est peu balisé et une partie des marqueurs de direction est tombée. On cherche les traces sur le sol, on rebrousse chemin plusieurs fois avant de trouver la bonne route. Très vite, on patauge dans le sable tout en remettant d’aplomb, un peu comme on peut, quelques marqueurs pour les prochains aventuriers. Les falaises qui bordent la route ont  un aspect curieux, presque factices. Quelques goblins marquent le trajet jusqu’à une dernière montée un peu acrobatique. Un air frais salue l’ascension et on déboule dans une caverne aux murs gravés des noms de nos prédécesseurs. Le retour se fait par le canyon, chaud, sec et toujours plein de ce sable qui colle et qui s’invite partout. On termine la visite en déambulant dans la vallée comme des enfants, grimpant sur les roches douces et chaudes qui paraissent installées là par magie.

Coté pratique

Le logement

  • Apache Motel, 166 Fourth E St, Moab, UT 84532

Un motel quelconque mais aux tarifs abordables ce qui n’est pas fréquent à Moab !

Les visites

  • Capitol Reef National Park

Pass America The Beautiful accepté. Compter 45 minutes entre le visitor center et Capitol Gorge. Environ 6 km et 2h avec les photos sur place

  • Goblin State Park

Entrée 15$ par voiture.

Les repas

  • Pasta Jay’s, 4 S Main St, Moab, UT 84532-2503

Un restaurant italien situé en plein cœur de Moab et équipé d’une imposante terrasse. Les plats de pâtes sont  gargantuesques et plutôt bons.

Surprises au Yosemite

9 août 2017,

Notre matinée commence sur les chapeaux de roues… avec un pneu crevé. La route de Bodie avait finalement eu raison de celui qui, par chance, a eu le bon goût de nous laisser vadrouiller la veille sans encombre. On commence donc la journée à quatre pattes près de la voiture pour les uns et à la recherche désespérée de réseau pour les autres. Parce que oui, quitte à devoir joindre la compagnie de location, autant attendre d’être loin de tout moyen de communication. Résignés, on opte pour conserver la roue de secours qui suffira à passer la journée en attendant une meilleure solution.

Nous voilà à nouveau à Yosemite Village, de nouveau à la recherche d’une place de parking près du visitor center. On tourne encore un peu (mais on s’en sort finalement assez bien) avant de pouvoir consulter les rangers sur le programme de la journée. Après quelques hésitations, c’est la randonnée des Vernal Falls sur le Mist Trail qui emporte les suffrages. La navette nous emmène aux Happy Isles où des centaines de randonneurs se sont pressés. Le début de la balade qui longe la Merced River est plus qu’accessible sur le premier kilomètre et la foule de visiteurs est, en conséquence, impressionnante.

Par chance, le nombre de courageux qui s’embarquent réellement vers la montée des cascades diminue un peu. L’accès au bas de la chute se fait par une série de marches plus ou moins régulières qui grimpent à l’ombre le long de la paroi. A mesure que l’on monte, la brume de la cascade arrose les randonneurs et les marches qui luisent sous nos pieds. Et soudain, on tourne la tête et on réalise le décor incroyable auquel on tournait le dos, trop concentré sur l’effort. Les roches grises et noires sur laquelle l’eau s’abat avec fracas, le vert intense des herbes aspergées par la bruine, le ciel bleu toujours mêlé à une discrète fumée et cet arc en ciel coloré qui fend le paysage d’un bout à l’autre…

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Des premières marches au sommet de la chute, on grimpe près de 500 mètres. Si la première partie glisse juste un peu, la seconde est plus sportive et acrobatique. On évolue coincés entre la roche et un garde corps sur un étroit sentier où l’on se croise difficilement. Arrivés au sommet, les randonneurs se pressent au bord de l’eau pour admirer la vue en contre bas. Et pourtant, des surprises bien plus intéressantes attendent dans l’ombre.

De l’autre côté de la rivière, un mouvement attire le regard. Il suffit de plisser un peu les yeux pour distinguer un ours qui fouine les écorces d’arbre à la recherche de quelques larves. Pas perturbé le moins du monde par les dizaines de visiteurs absorbés par la chute d’eau, il vadrouille un long moment en grimpant sur la roche et en marchant sur le bois mort. Autour de moi, personne ne semble l’avoir encore remarqué. Et puis finalement, par un heureux hasard, son regard se pose sur nous. Magie de l’instant. Magie d’une rencontre. Mes voisins s’agitent finalement, sans doute alerté par le bruit répétitif de mon appareil et des dizains de clichés sont soudain pris par rafales. Un dernier regard et le jeune ours fait demi tour nonchalament avant de s’enfoncer dans la forêt. La suite du chemin grimpe encore et offre une jolie vue sur la Nevada Fall avant de nous ramener par une série de lacets au petit pont sur la Merced River.

Après cette séance d’escalade, on flâne tranquillement au cœur de la vallée baignée de lumière. Des familles entières descendent la rivière sur de larges bouées et s’installent au soleil pour profiter de l’après midi. De nouvelles biches croisent notre chemin, sans parler des dizaines d’écureuils qui courent dans les allées.

Notre journée s’achève au sommet de Glacier Point à quelques 1000 mètres au dessus de la vallée. La route, en cul de sac, est un peu longue mais offre tout au long de la montée de beaux points de vue sur le parc. L’endroit parfait pour finir notre balade.

Coté pratique

Le logement

  • Cedar Lodge, 9966 Highway 140, El Portal, CA 95318

Hôtel situé en dehors du parc Yosemite. Le petit déjeuner est à prévoir en supplément mais est assez copieux. Inutile d’envisager d’utiliser internet ou le téléphone ici, on est réellement coupé de tout !

Les visites

  • Yosemite National Park

Pass America the Beautiful accepté.
Tous les documents pratiques pour le parc sont ici: https://www.nps.gov/yose/planyourvisit/maps.htm
La Glacier Road est fermée en hiver car elle est enneigée. Les dates d’ouverture et de fermeture sont liées au taux d’enneigement…mieux vaut ne pas espérer l’emprunter en dehors de fin mai – début novembre.