Fantômes de Californie

8 août 2017

Notre journée commence par un bon dans le passé, à une époque où quelques 10 000 personnes avaient fait de Bodie une importante cité minière. Bienvenue en 1880, à l’ère des saloons et des fumeries d’opium, où résonnaient minerais et ferrailles dans les allées de terre bordées de maisons en bois. Accessible par une route caillouteuse et pleine de poussière, les vestiges de la ville trônent à 2500 mètres d’altitude dans une prairie perdue. On gare nos SUVs dans un état lamentable sur le parking du Bodie State Historic Park et on aperçoit déjà les chariots et les roues abandonnées là. Perchée au dessus des maisons, l’usine minière est restée figée et presque intacte. A ces pieds, les petites bâtisses en bois dégagent une curieuse impression. On regarde pas les fenêtres pour entrevoir une vie passée dont quelques objets abandonnés conservent le souvenir. C’est là le charme étrange de cette visite. On déambule le nez collé aux vitres et, derrière les lès de papier peint délavé et les vieux matelas à ressorts, c’est un bout d’histoire qui se dessine. On tombe ensuite sur une école ornée de cartes anciennes et de traces de craie, un saloon où seuls les meubles ont survécu et de vieilles autos au charme rétro. Un petit musée regroupe tout un tas d’effets personnels abandonnés à l’appel de mines d’or plus prometteuses. Bodie, c’est l’Amérique comme on l’imaginait.

De retour en 2017, une mauvaise surprise mécanique pointe le bout de son nez: le voyant indiquant un défaut de pression des pneus s’éclaire soudainement. On s’arrête pour regonfler à la première station croisée et on reprend la route en espérant ne pas avoir crevé sur le chemin chaotique de Bodie. La 120, plus connues comme la Tioga Road,  nous entraine sur les hauteurs et les sommets enneigés. C’est ainsi que l’on arrive à Tuolumne Meadows, immense prairie verdoyante qui pousse à 2600 mètres d’altitude. A peine arrivés on y croise des cerfs et biches en quantité, tout juste dissimulés dans les hautes herbes. Histoire de se dégourdir un peu les jambes, on opte pour une courte randonnée dans les prairies jusqu’aux Soda springs où coule une eau naturellement gazeuse. Sur le sentier, un ranger à cheval nous aborde et nous présente King, sa monture, avant de repartir en souriant. Dans les herbes, des chiens de prairie surgissent un peu partout. On les observe avec amusement guetter le moindre danger debout sur leurs pattes arrières avant de se suspendre aux brindilles pour grignoter et repartir en courant.

A quelques minutes de là, le Tenaya Lake, le plus vaste du Yosemite, brille au soleil. Les récents incendies ayant ravagé une partie du parc quelques semaines avant notre arrivée enrobent pourtant le décor d’une brume colorée et d’une étrange lumière. Si un chemin longe cet immense lac entouré de montagnes, on part tout de même le nez au vent en longeant la rive. Quelques acrobaties sur des ponts improvisés nous emmènent jusqu’à une petite plage pour une baignade improvisée (oui, c’est froid !). Assis face à cet horizon d’eau et de roches grises, on n’entend plus que le bruit des geais dans les branchages.

Olmsted Point sera notre dernière arrêt sur cette jolie Tioga Road. Paysage un peu lunaire à l’ambiance particulière, cet endroit est sans doute mon point de vue préféré sur cette partie du parc. On y passe un bon moment sans trop savoir pourquoi, à grimper sur quelques rochers et à composer avec 2/3 touristes durs de la feuille. Il est temps de rouler jusqu’au coeur de la vallée, vers Yosemite Village.

Comment décrire le flux improbable de voitures cherchant désespérément un place autour du Village? On tourne, on retourne et on tourne encore avant de pouvoir nous arrêter quelque part. même le système de navette ne semble pas avoir réussi à réguler tout ce monde. La foule est dense dans cette partie du parc et, à cette heure, nous ne sommes pas les seuls à espérer faire quelques achats dans le seul petit supermarché du parc. Le pique nique du lendemain rangé dans les sacs à dos, on opte finalement pour une soirée à l’hôtel en dehors du parc, sous un ciel noir et sans nuage.

Coté pratique

Le logement

  • Cedar Lodge, 9966 Highway 140, El Portal, CA 95318

Hôtel situé en dehors du parc Yosemite. Le petit déjeuner est à prévoir en supplément mais est assez copieux. Inutile d’envisager d’utiliser internet ou le téléphone ici, on est réellement coupé de tout !

Les visites

  • Bodie State Historic Park

Ouvert tous les jours de 8h à 18h entre mai et septembre, horaires réduits en hiver. Entrée $7.
La route qui mène à Bodie n’est pas goudronnée sur tout sa longueur et mieux vaut faire le plein avant de s’y rendre.

  • Yosemite National Park

Pass America the Beautiful accepté.
Tous les documents pratiques pour le parc sont ici: https://www.nps.gov/yose/planyourvisit/maps.htm
La Tioga Road est fermée en hiver car elle est enneigée. Les dates d’ouverture et de fermeture sont liées au taux d’enneigement…mieux vaut ne pas espérer l’emprunter en dehors de fin mai – début novembre.


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