Les lumières du Nord

5 novembre 2018

Chaque soir, le nez dans la tisane et bien au chaud, un seul rituel revient : le suivi minutieux des prévisions météo. Le ciel d’Islande est un attrait majeur de l’hiver et notre première expérience des aurores boréales n’a été qu’un avant-gout.  Ce soir est notre dernière vraie chance de les observer. On scrute donc le déplacement des nuages et l’intensité des vents solaires. Vers 23h, une éclaircie se devine par la fenêtre et on commence enfin à distinguer les étoiles. Par la grande baie vitrée du salon plongé dans l’obscurité, on surveille avec attention l’apparition d’un voile clair dans le ciel. Les minutes passent et rien ne bouge, pourtant on y croit. 23h20, les yeux plissés, le nez collé contre la vitre, on devine enfin une éclaircie. Ni une ni deux, on file dehors vérifier cette impression : pause longue programmée, suspens et lumière verte qui apparait sur l’écran… Les aurores arrivent !

Avec une excitation similaire à celle d’un enfant de cinq ans découvrant Disneyland, on remet nos nombreuses couches anti froid et on part sur les routes noires à la recherche d’un lieu isolé. La plage de Reynisfjara survolée lors de la tempête n’étant qu’à quelques kilomètres, on opte rapidement pour cette voie. A notre arrivée, le ciel se colore déjà de douces lumières vertes diffuses. On s’équipe plus vite que jamais avant de s’installer sur la plage de sable sombre. A l’est, le phare de Dyrholaey balaie la nuit noire mais ne suffit pas à éclairer la plage. Si la mer semble tranquille et le bruit des vagues rassurant, on reste tout de même à proximité du parking pour ne pas se faire surprendre dans l’obscurité. Une grande trainée verte fend soudain le ciel tel un arc en ciel. Le spectacle commence.

Le ciel s’agite sous nos yeux et les aurores prennent des formes multiples. Des taches diffuses apparaissent ici et là tandis que certaines aurores dansent au-dessus des falaises et flottent comme des rubans. Partout, les lumières du Nord se révèlent. Un incroyable rideau lumineux semble désormais longer la mer et laisse deviner des jolies lueurs violettes. Après de longues minutes, il s’efface en un nuage vert intense puis laisse place à l’obscurité. A l’Ouest, de timides lueurs font à leur tour leur apparition. Elles s’élèvent vers le ciel à la verticale telle une rangée de bougies puis fuient elles aussi en dansant au-dessus des falaises. On reste là deux heures, la tête en l’air, fascinés par ce voyage unique. La morsure du froid et du vent devient cependant difficile à supporter. Les doigts sont gelés et les bouger simplement devient pénible, de longs frissons nous parcourent de part en part et la fatigue se fait sentir. Les lumières, elles, perdent doucement en intensité et en régularité. Il est temps de regagner notre chambre, à jamais marqués par cette nuit magique.

Au réveil, Reynisfjara nous appelle à nouveau. La météo semble clémente et la mer relativement tranquille, on tente à nouveau notre chance. Il y a foule ce matin-là mais la plage est dégagée. Les falaises baignées de soleil se découvre enfin et des nuées de centaines d’oiseaux planent au-dessus de nos têtes. On découvre finalement l’étendue des colonnes de basaltes qui s’élèvent sur des dizaines de mètres au-dessus d’une grotte sombre. Au loin, les falaises de Dyrholaey ont cessé d’être battues par les flots et on découvre seulement la fameuse arche.

Quelques heures de route nous séparent de Reykjavik pour cette dernière journée de voyage. On la parcourt sur fond d’Hyperballad de Björk et de ses paroles inspirées.

We live on a mountain
Right at the top
There's a beautiful view
From the top of the mountain

La route est comme toujours superbe et contrastée, entre prairies d’automnes et monts enneigés. Une dernière caresse aux poneys et déjà Reykjavik apparait au bout du chemin. Magnifique Islande c’est promis, nous reviendrons bientôt.

Coté pratique

Le logement

Base Guesthouse by Keflavik Airport, 57 Valhallarbraut, 262 Keflavík, Islande
Hôtel quelconque mais idéalement placé pour un départ matinal à l’aéroport de Keflavik

Les prévisions météo

Pas mieux que ce site ! On y trouve tout et plus particulièrement la position des nuages heures par heures et les prévisions d’intensité. Nous les avons vu ce soir là avec une prévisions de 3 sur 9 et le spectacle était déjà marquant. On espère en voir un jour où les prévisions sont à 5 !

Tempête à Dyrholaey

3 novembre 2018

Dès les rideaux tirés ce jour là, on devine que l’Islande va se montrer sous un tout nouvel aspect. Nos belles journées de novembre ont laissé place à un temps gris blanc chargé d’humidité. Les couloirs du guesthouse semblent bien frais comparés à notre petite chambre surchauffée et les fenêtres sont couvertes d’épaisses gouttelettes qui donneraient envie de retourner sous la couette. Bien à l’abri sous leur impressionnante toison, les moutons qui nous entourent semblent, eux, parfaitement à l’aise dans ce décor pluvieux. On les trouve partout sur la route, disséminés dans les pentes des volcans, éparpillés dans d’immenses champs ou sagement regroupés près des fermes.

Comme nous le rappelle le nombre conséquent de voitures regroupées sur le parking notre premier arrêt, Skogafoss est presque aussi célèbre que sa voisine Seljalandsfoss. Le décor pourtant est assez différent. L’étroite cascade a laissé place à un impressionnant rideau d’eau au pied duquel on se sent tout petit. La pluie qui tombe désormais densément sur le Sud de l’Islande se mêle aux gouttelettes d’eau de la cascade balayée par le vent. L’escalier qui grimpe jusqu’au sommet de la cascade est encore plus exposé et on regagne la voiture trempés moins d’une heure après notre arrivée.

Tout en séchant provisoirement, nous filons vers Dyrhólaey, un promontoire rocheux haut d’une centaine de mètres abritant une arche de basalte. Arrivés sur place, le temps est déchainé. De violentes bourrasques de vent nous bousculent et nous portent lorsque l’on se laisse basculer doucement en arrière. On admire le décor aux couleurs intenses et la vue incroyable depuis le sentier. Loin à l’ouest, battus par les vagues, trois pitons rocheux se dressent près des falaises. La légende raconte qu’il s’agirait de trolls pétrifiés par la clarté de l’aube… Autour d’eux, la mer aux reflets sombres est déchainée, de violentes vagues s’abattent sur le sable noir et les falaises, noyant les grottes et l’arche. L’écume est balayée par le vent et forme de longues trainées blanches au sommet des vagues. Le spectacle est incroyable, puissant, vibrant. On reste longtemps à admirer ce paysage déchainé malgré le froid et la pluie, fascinés par une nature si sauvage.

La plage de Reynisfjara voisine n’a rien à envier à cette atmosphère mouvementée. D’énormes rouleaux s’écrasent sur la plage et semblent courir sur le sable sur des dizaines de mètres. Même en s’approchant avec prudence, on se laisserait facilement surprendre par cette mer agitée, prête à sanctionner la moindre inattention. La plage réputée comme l’une des plus belles de monde est aussi l’une des plus dangereuse. L’accès aux falaises de basaltes est presque impossible au cœur de cette tempête, on se contente donc d’étudier ces étranges colonnes luisantes qui s’élèvent sur des dizaines de mètres en attendant une meilleure occasion.

La route se poursuit vers l’Est de l’Islande et de longues heures de route donnent à voir un paysage nouveau, toujours plus rude. Les prairies aux couleurs d’automne disparaissent peu à peu sous la neige pour laisser place à d’immenses étendues glacées. le vent balaye la route et provoque de petits tourbillons de neige dans un décor digne de Game of Throne. A mesure que la nuit tombe et que l’asphalte se recouvre de neige, on s’attendrait presque à voir surgir un marcheur blanc….

Coté pratique

Le logement

Hali Country Hotel, Hali 2, 781 Hali
Hôtel très correct idéalement placé pour rejoindre Jökulsárlón. Vue superbe au réveil et petit déjeuner buffet compris. A l’accueil, un écran permet de suivre les prévisions d’aurores boréales et devant l’entrée…. un énorme rocher vous parlera !

Les visites

Skogafoss, Parking payant

Les repas

The Soup Company, Vikurbraut 5, Vik 870
Sans doute les meilleures soupes d’Islande !

Hali Country Restaurant, Hali 2, 781 Hali
Restaurant relativement cher qui ne nous laissera pas un souvenir impérissable, il a cependant le mérite d’être situé dans l’enceinte de l’hôtel.