Les montagnes du Colorado

24 juin 2018

Le froid enveloppe la voiture à mesure que l’on file vers le sommet du Mount Evans. Les sapins s’effacent au profit de pins biscornus puis de nuages. Il fait 49°F et nous roulons dans une grisaille qui annoncerait presque la neige, à peine égayée par les fleurs sauvages colorées qui poussent partout sur les bas côtés. On grimpe, toujours plus haut à chaque tournant, traversant les nuages sous l’œil vigilant des marmottes.

Un virage, un autre et soudain une silhouette blanche se dessine dans les rochers. Mon copilote me dépose et grimpe vers le sommet (il est parfois difficile de se garer le long de la route). Elle est là, broutant paisiblement les mousses colorées qui recouvrent le décor. Elle est là, ma première chèvre des montagnes. Elle me jette un œil curieux avant de reprendre son repas. Derrière elle, quelque chose remue. Une boule de poils toute blanche pointe alors son museau noir. Magie d’une rencontre… Mes mains commencent à geler quand Maman et son petit reprennent leur chemin et s’enfoncent dans les nuages. Un peu plus haut, un autre groupe de chèvres vagabonde, magnifiques, imposantes et complètement indifférentes aux visiteurs.

On poursuit la route jusqu’au sommet à quelques 4300 mètres d’altitude. Armés cette fois d’épaisseurs supplémentaires, on marche jusqu’à la crête, toute minérale. Quelques flocons nous y accueillent, le thermomètre descend à 38°F et nous voilà gelés à repenser au surf sur le sable de la veille. Pour la première fois du séjour, le soleil nous lâche. A peine de retour à la voiture, la neige puis la pluie s’abattent sur la route jusqu’à Grand Lake. En 48h, toutes les saisons auront défilé dans le ciel capricieux du Colorado.

Les Rocky Mountains apparaissent au bout de la route et un nouveau défi nous y attend. Sur les conseils du Visitor Center de Grand Lake, on passe un bon moment à longer le Colorado, étroit et sinueux dans le secteur. On fixe avec une extrême attention la forêt qui borde le bitume jusqu’au Holzwarth Historic Site, vieux ranch des années 20 tout en bois près duquel se baladent des dizaines de wapitis… l’enjeu est ailleurs.

On reprend la voiture, on vadrouille encore, les yeux rivés sur les rangées d’arbres plus ou moins denses. Une forme sombre se dessine finalement au loin. On s’arrête un peu en urgence sur le bas côté car elle est là, la raison de notre venue. Il est là, brun, imposant, évoluant dans les broussailles. Derrière nous, c’est l’embouteillage qui se dessine. Les voitures s’arrêtent rapidement pour observer à leur tour les allées de pins et, en quelques minutes, une dizaine de voitures et un bus se sont arrêtés derrière nous. L’élan disparait derrière un arbre comme il était apparu. Par chance, on le retrouve au parking voisin, pataugeant joyeusement dans un petit étang.

25 juin 2018

Le soleil semble être revenu pour de bon sur les Rocky Mountains et vient nous réchauffer après une journée emmitouflés dans trois épaisseurs. Mal réveillés, on part un peu plus tard que prévu de l’hôtel et, alors qu’il est à peine 9h, des panneaux nous annoncent que le parking de Bear Lake est déjà plein. Comptant sur notre Ptit Jo porte bonheur, on s’engage tout de même sur la route qui slalome jusqu’aux lacs. Notre coup de poker est récompensé et nous sommes accueillis par des écureuils qui traversent le sentier dans tous les sens.

Quelques minutes de marche suffisent à atteindre le Nymph Lake, recouvert de nénuphars avant de grimper gentiment à travers une forêt de pins en direction du Dream Lake. Les geais sautillent de branche en branche au dessus de nos têtes et un jeune pic attire notre attention. La balade est prisée des visiteurs du parc mais, finalement, assez paisible.

Jusqu’au Emerald Lake, de petits cours d’eau et cascades animent le paysage. Les fleurs sauvages les colorent, parfois accompagnées de quelques tas de neige. Sur le chemin du des enfants construisent même un bonhomme miniature. Le sentier grimpe finalement pour rejoindre le Lake Haiyaha, au cœur du Chaos Canyon, dissimulé derrière de gros rochers. Les décors sont changeants, on a chaud, on a froid, on escalade des rochers ou on déambule dans les sous bois pour atteindre les Alberta Falls, dernière étape de la randonnée.

La Trail Ridge Road, route scénique longue qui plane à quelques 3 700 mètres d’altitude au point le plus haut, marque la dernière étape de la journée. Sur les pans de montagnes ensoleillés, des centaines d’elks ont élu domicile. Certains jouent dans la neige et grimpent avec curiosité vers la terrasse du Alpine visitor center. Il n’y a plus un arbre autour de nous. Le paysage s’est mué en une toundra verdoyante, parsemée de petites fleurs. Les cris aigus des marmottes et des pikas résonnent dans ce paysage balayé par le vent. On les aperçoit à peine, dissimulés dans les rochers et les herbes colorées. La route défile encore sur près de 50 miles et nous ramène, presque à regret, vers Denver où nous passerons la nuit.

Coté pratique

Le logement

  • Twin Owls Motor Lodge, 700 Saint Vrain Avenue, Estes Park, CO 80517

Pas de grand intérêt autre que le tarif et l’emplacement. Petit déjeuner non compris

  • Super 8 by Wyndham Denver Midtown, 2601 Zuni Street, Denver, CO 80211

Emplacement intéressant proche du centre-ville de Denver, petit déjeuner compris et copieux !

Les visites

  • Mount Evans,

Entrée $15 par voiture

  • Rocky Mountains National Park

Pass America the Bueatiful accepté. Randonnée via Bear, Dream, Nymph & Emerald Lakes Trail (9.3 km – Dénivelé 185 m – 3h30 – Modéré) et retour par Alberta Falls. Le parking le plus près est celui de Bear Lake à l’extrémité de la Bear Lake Road mais il est très rapidement saturé… il faut donc prévoir de se lever tôt ou prendre la navette gratuite.

 

Les repas

  • TGI Fridays, 8104 E 49th Ave, Denver, CO 80238

Parce qu’on ne se lassera jamais des ribs au Jack Daniel’s de cette chaine de restaurants !

Great Sand Dunes

22 juin 2018

On quitte la douceur d’Ouray pour le Black Canyon of the Gunnison, petit parc national méconnu tout en longueur. Autant l’admettre, à l’origine, il était l’occasion de prendre une route différente de l’aller pour rejoindre Great Sand Dunes. On arrive donc sur la rive Sud dans la matinée, accompagnés des 2 motos et d’un SUV qui seront nos seuls voisins. Le parc se visite surtout en voiture et on s’arrête régulièrement aux différents points de vue présents le long de la route. Les arrêts s’enchainent et ont chacun leur caractère. Le vide s’y déploie sous nos pieds, bordé de parois sombres et ombragées. Tout le long du parcours, la gorge étroite et profonde du canyon voit si peu de lumière qu’elle a donné son nom au parc national. Parfois dissimulée par la roche la violente Gunnison River s’écoule bruyamment dans une série de méandres colorés.

Cedar Point, sans doute mon point de vue préféré, propose une courte balade qui ravit les amateurs de botanique. Les oiseaux chantent à l’abri des buissons denses et les lézards traversent le chemin en courant à notre passage. Le point de vue est superbe, on y entend plus que le vent et les remous de cette rivière colorée.

L’accès à la rivière étant plutôt long et compliqué, on opte pour la Oak Loop, courte balade ombragée, où l’on vadrouille, distraits par les dizaines de papillons, baignés par une bonne odeur de pin et entourés par les fleurs colorées et les herbes hautes qui bordent le sentier.

Trois heures de voiture plus tard, la route de Great Sand Dunes a des airs de savane, avec son herbe jaunie et ses buissons argentés qui peuplent des plaines à perte de vue. Le sol sablonneux s’étend des montagnes dans toutes les directions sous des nuages quelques peu menaçants qui accentuent ce décor surprenant. Rapidement, les dunes apparaissent en arrière plan, toutes en rondeur. On s’arrête au premier parking pour filer mettre les pieds dans le sable chaud et doré. Les montagnes se dessinent en arrière plan de ces dunes majestueuses et les nuages s’effacent par magie, laissant place à un doux soleil qui vient réveiller le paysage. Les dunes se muent en un jeu d’ombre et de lumière formidable. C’est beau. Terriblement beau. Great Sand Dunes, le rendez vous est pris, nous revenons demain.

23 juin

Great Sand Dunes a vraiment tout du mirage. Ces dunes majestueuses qui apparaissent au bout de la route semblent toujours irréelles. D’ailleurs, le sentier pour les gravir n’existe pas vraiment lui non plus. On suit les traces de nos prédécesseurs, peu nombreux à cette heure, et qui s’effacent déjà peu à peu. Le sable file sous nos pieds et entre partout dans les chaussures. La première montée est un peu sévère, tape dans les jambes et met à mal les poumons. Au sommet, le sable frais du matin est comme une caresse.

L’ascension reprend, nettement moins raide, sur les crêtes de dunes immaculées. Au loin s’étendent paysages de plaines, de montagnes et de verdure. Perchés sur la Star Dune, on ramène un peu de sable en souvenir de cette improbable expédition avant de dévaler la pente en courant sur le chemin du retour.

Le parc s’est soudainement rempli. Des dizaines de familles arrivent armées de luges, de sandboards et de paniers de pique nique. Les enfants courent dans le sable comme si c’était la chose la plus facile au monde, parfois vêtus comme des cosmonautes et équipés de masques ou de lunettes de piscine. On s’essaie nous aussi au sandboard avec plus ou moins d’endurance et de succès.

En sortie du parc et après avoir bravé une route pas franchement carrossée, on gagne les Zapatas Falls pour une pause de fraicheur. Quelques minutes le long d’un chemin de terre suffisent pour rejoindre un ruisseau translucide. Les pieds dans l’eau, sautant d’un caillou à l’autre, on remonte le cours d’eau pour découvrir les chutes dissimulées par la roche. L’endroit parfait pour une pause pique nique avant de reprendre à nouveau la route à travers les plaines brûlées par le soleil du sud du Colorado.

Coté pratique

Le logement

  • Riverside Inn of Alamosa, 250 Broadway Avenue, Alamosa, CO 81101

Pas de grand intérêt autre que le tarif. Petit déjeuner non compris

  • Motel 6 Colorado Springs, 8280 Voyager Pkwy at Razorback Road, Colorado Springs CO 80920

Motel en réhabilitation aux chambres grandes et propres. Situé dans une zone commerciale. Petit déjeuner non compris.

Les visites

  • Black Canyon of the Gunnison National Park

Pass America the Bueatiful accepté. Oak Flat Loop Trail (3.2km, boucle, 1h)

  • Great Sand Dunes National Park

Pass America the Bueatiful accepté

  • Great Sand Dunes Oasis, 7800 CO-150, Mosca, CO 81146

Location de luges et de sandboards dès l’ouverture du parc, prévoir d’y être tôt les weekends: http://www.greatdunes.com/to-do.html

Mesa Verde

21 juin 2018

En ce premier jour d’été, nous débutons notre exploration du Colorado par une jolie route qui slalome jusqu’aux cimes du Mesa Verde National Park. On traverse un plateau verdoyant entaillé de canyons et au sommets parfois grisonnants: de longues allées boisées ont été balayées par des incendies et il ne reste souvent que des troncs argentés disséminés dans de larges prairies.

On arrive vers 8h30 à Cliff Palace où, enfoncée dans le canyon, une ancienne cité indienne attend d’être découverte pour la première fois de la journée.  Un ranger tout bronzé débarque avec un sourire immense et enchaine, avec une bonne humeur communicative, blagues et références culturelles qui nous échappent parfois. Passées les consignes de sécurité, on dévale une première série de marches puis un chemin ombragé qui descend le long de la roche. Nous sommes en tête du cortège et avons donc la chance de découvrir les lieux préservés de l’essaim de visiteurs qui s’agglutinent derrière nous. Au détour d’un virage, le monde des Anasazis apparait, incroyablement calme et silencieux. Le guide prononce des flots de paroles ininterrompus qui font le plus souvent office de bruit de fond: assise sur une marche de pierre froide en bordure du village, mon esprit est déjà parti très loin dans le passé. La première vague d’explications, on nous laisse accéder aux maisons et kivas. Les descriptions du ranger sont cette fois plus concises et plus claires et permettent de mieux appréhender ce pan d’histoire resté figé dans la falaise. Après près de 3/4 d’heure de visite, le retour se fait par un chemin étroit dissimulé dans la roche où l’on doit grimper quelques marches et une échelle de bois avant de regagner la surface.

De retour au parking, une longue file de carrosseries multicolores a occupé une bonne partie des places de parking. Les premiers cars arrivent et s’alignent près du départ du sentier. Une fois de plus, notre réveil matinal a été récompensé. Nous partons donc vers la visite suivante à quelques centaines de mètres seulement. Au bout d’un court chemin descendant le long de la roche, une échelle d’une dizaine de mètres grimpe vers le village troglodyte de Balcony House. La visite est un peu plus acrobatique mais les lieux semblent plus intimes et préservés. Le village, invisible depuis la surface, a quelque chose de la cité perdue. Un nouveau ranger nous guide entre ces murs, accompagné de vieilles photos et de dessins. Ses explications nous paraissent plus accessibles et nous renseignent davantage sur cette civilisation finalement peu connue. On quitte les lieux en rampant dans un court tunnel avant de regagner la surface, charmés par la visite.

La route jusqu’à Durango est un véritable changement de décor. Les pins s’allongent, les forets se densifient, les reliefs s’accentuent et les petites fermes fleurissent sur les abords. On s’arrête pique-niquer au bord d’une rivière sombre autour de laquelle virevoltent les graines de cottonwood, semblables à de la neige. Atour de nous, les flocons tapissent les herbes et la roche humide comme le ferait les premières neiges. Un vent de fraicheur souffle sur les rives de l’Animas River pourtant paisible.

La ville voisine est, elle, plutôt animée. Bâtisses typées, murs de briques, arcades, décors de bois, façades victoriennes, galeries d’art et boutiques de souvenirs nous séduisent sitôt la voiture garée. La vieille gare abrite une locomotive du siècle dernier tractant des wagons de bois sur une ligne mythique du Far West, la Durango-Silverton. L’endroit sent bon le voyage et on rêvasse un peu en s’imaginant traverser montagnes, ponts et rivières le nez au vent et plein de suie, assis sur des banquettes en bois….. une prochaine fois.

En sortie de Durango, on emprunte la Highway 550 autrement appelée la Million Dollar Road en référence à la construction de cette voie dont les montants de travaux ont atteint des sommes vertigineuses. Le long de l’asphalte, les paysages de montagnes se succèdent sous un soleil radieux entre sommets, glaciers, forets et rivières. A travers les arbres, on devine de superbes maisons et chalets aux larges baies vitrées, petits coins de paradis coupés du monde. Après une heure de grimpe et de tournants, Silverton apparait finalement en contrebas, s’étendant le long d’une avenue de bitume entourée de ruelles de grave. Cette petite ville au passé Western est bien triste comparée à la dynamique Durango. En ce milieu d’après midi, nous sommes presque seuls à longer les vitrines colorées qui attendent sans doute l’arrivée du train à vapeur.

La plus belle partie de la route commence en sortie du village. Plus sinueuse, plus accidentée et sans doute plus impressionnante. En chemin, de vieilles mines semblent avoir été abandonnées au milieu de forets sur des pans de roches colorées. Ouray, lovée au cœur des montagnes, n’a rien d’une petite ville bordée de chalets mais nous charme au premier regard. On vadrouille sur l’avenue principale avant de tomber sur un concert et une microbrasserie ornée d’une terrasse. Comble de la soirée, une piscine d’eau chaude naturelle nous attend au pied de notre chambre. La nuit tombe sur le bassin dans lequel on barbote en regardant les étoiles s’illuminer au dessus des montagne.

Coté pratique

Le logement

  • Twin Peaks Lodge & Hot Springs, 125 Third Avenue, Ouray, CO 81427

On s’est beaucoup plus dans ce petit hotel entouré de montagnes, à la litterie impeccable et aux lits débordant de coussins. Le petit dej est de bien meilleur qualité que dans les motels et la piscine d’eau chaude est un véritable bonheur après une longue journée de route.

Les visites

  • Mesa Verde National Park

Cliff Palace et Balcony House, $10 par visite. Achat au visitor center la veille ou le jour même. Préférez les visites matinales pour éviter la foule.

  • Le Durango Silverton, 479 Main Avenue, Durango, CO 81301

Billet à $102 par adulte en Gondola (wagon ouvert)aux quels il faut ajouter $8 pour le parking et l’Historic Fee de $14. Le voyage est conseillé dans un wagon le plus éloigné possible de la locomotive et du côté droit.

Les repas

  • Ouray Brewery, 607 Main St, Ouray, CO 81427

Une microbrasserie plutôt sympa avec une terrasse donnant sur les montagnes.