Escapade à Tahaa

16 juillet 2021

Le petit-déjeuner avalé, notre petit groupe embarque pour une nouvelle journée sur l’eau. Destination Lagon nous entraîne sur le lagon bordant la jolie Tahaa, accessible uniquement par la mer. Et pour bien commencer, on attaque directement par la visite de la rhumerie Mana’o, toute jeune mais pleine d’ambition.

La distillerie a démarré par la fabrication de rhum classique, produit à base de mélasse (le résidu de transformation de la canne en sucre) pour finalement opter, il y a quelques années, pour la production de rhum agricole. Produit à base de jus de canne, ce type de rhum représente aujourd’hui moins de 5% des rhums produits. Mana’o en produit deux types : du rhum blanc (pour le ti punch) et du rhum paille, vieille en fûts d’armagnac, davantage consommé pur ou en cocktail. La distillerie se lance désormais dans une démarche de production plus écologique, recherchant l’appellation bio, transformant ses locaux dans une démarche d’économies d’énergie et valorisant l’utilisation de canne à sucre ancestrale. Pour ce qui est du goût, n’étant déjà pas amatrice, j’ai abandonné l’idée de poser un jugement sur une dégustation faite à 9h du matin…

On repart sur les eaux bleues en longeant l’île avant de voguer vers l’un des plus grands motus, occupé par un hôtel de luxe. Encore une fois, il n’y a personne. Pas âme qui vive sur les bungalows ou sur la plage, personne dans l’eau. On abandonne le navire et on remonte à pied sur la plage jusqu’à l’entrée du lagon. Notre guide nous entraîne alors vers un courant circulant à travers les patates de corail. L’un après l’autre, on s’étend et on se laisse porter, simplement. On en prend plein les yeux. Pas un coup de palme, à peine quelques brasses : l’eau nous promène entre végétaux et coraux au cœur de nuées de poissons colorés. C’est beau. On glisse sans autre effort que de tourner constamment la tête vers de nouvelles découvertes.

Le courant nous abandonne plus loin dans le jardin de corail. On se promène librement, cherchant le meilleur chemin ou le plus bel animal. D’une patate à l’autre, on a finalement la chance de tomber sur un banc entier de poissons chirurgiens bagnards. On les suit longtemps, traçant des vagues colorés entre les morceaux de récifs. On retrouve aussi des bénitiers flamboyants, des balistes colorés, de jolies demoiselles et des poissons clowns en pleine garde de leurs anémones. Le jardin est splendide, bien au-dessus de ceux traversés jusqu’alors et on se félicite d’avoir choisi un tel ordre pour visiter l’archipel (à écrire quelque part avec les places pour l’avion). J’ignore combien de temps nous sommes restés à patauger, ayant complètement perdu la notion du temps mais quel souvenir !

L’étape suivante est une exploitation de vanille, invisible depuis la mer, installée au bout d’un chemin de terre. Arrivés à la vallée de la vanille, on nous raconte les origines de la plante, les difficultés de culture, les étapes de fabrication et, surtout, on nous fait sentir. La vanille de Tahiti, bien plus rare et précieuse que celle de Madagascar, est aussi beaucoup moins sèche. On la découverte verte encore accrochée à sa plante, sorte de liane qui s’enroule autour d’arbres supports. Elle est récoltée ainsi, comme les bananes, pour éviter que les oiseaux ne l’abiment. Elle est ensuite séchée longuement, par étape, entre tôle exposée au soleil et sac de coton. Et surtout, la vanille est massée : chaque gousse passe entre les doigts des exploitants, massée doucement pour conserver sa jolie forme longiligne malgré le procédé de séchage. Le résultat est à la hauteur du travail fourni : les gousses sont épaisses, brillantes et dégagent un parfum enivrant.

Pour nous aider à nous remettre de toutes ces émotions, notre guide nous amène sur l’un des motu occupé par une petite pension. Elle propose aux visiteurs des buffets de spécialités et de jolies tables en bord de mer, abritées par des toits de feuilles tressées. De tous petits cocotiers bordent l’étroite plage qui offre une vue sur les deux îles. Après une, deux voire trois assiettes débordantes (pour les plus gros estomacs) sous la vigilance de « Pique Assiette », petite bête à quatre pattes des plus manipulatrices, on prend un instant de pause à observer l’eau et le piège à poisson qui alimente les cuisines. Quelques raies se sont perdues et attendent sagement leur remise à l’eau. On décide pourtant de repartir en mer à la rencontre des requins pointe noire en limite du lagon pour la dernière baignade de la journée.

Comment passer en Polynésie sans visiter une ferme perlière ? Véritable symbole de tradition, encore plus répandue que le tatouage, la perle est partout en Polynésie. Forme, taille, couleur, on a vu de tout en vitrine des nombreuses bijouteries croisées pendant notre séjour. La ferme Champion est donc l’occasion d’en savoir plus sur le procédé de production, le travail de sélection ou le temps nécessaire avant la récolte. Pourtant, en première approche, ce ne sont pas les perles qui nous charment mais la bâtisse abritant la boutique. Sur une extrémité de Tahaa, directement bordée par le lagon, la maison est posée sur un grand jardin d’herbe verte et de sable, abritée par un imposant banian dans lequel une cabane a même été installée. Dans un style colonial un peu rétro, toute de bois et de blanc, elle présente de larges ouvertures vers l’extérieur. On aurait adoré y séjourner un moment tant la maison inspire le calme et la sérénité.

Côté perle, on ressort quasiment expert en la matière. On nous montre tout : les huitres, les coquilles, les mille et une couleurs, les baroques, les rondes, les citrons, le système de classification et surtout, les bijoux. La ferme emploie ses propres designers et proposent toutes sortes de modèles, exposées aux quatre coins de la pièce qui abrite également un coffre-fort antique où se dissimule une partie des réserves. De terminer la journée par un long moment à la recherche… de la perle rare !

Le coup de cœur de Ptit Jo

Le jardin de corail de Tahaa a beau être fantastique, le coup de cœur revient à la maison coloniale de la ferme Champion dont Ptit Jo et moi sommes tombés amoureux

Coté pratique

Les activités

Destination Lagon
Un prestataire de qualité au bateau moderne et au pilote adorable. Nous avons passé une excellente journée avec eux, à notre rythme et selon nos envies. Une très bonne expérience.

La vallée de la vanille
Les explications sont intéressantes, les tarifs nettement moins. Compter 60 000 XPF les 500g de vanille standard (505€ soit environ 3€ la gousse). On déconseille d’acheter sur place pour faire des affaires, sauf les sprays cicatrisants que l’on ne trouve que difficilement ailleurs.

Pour la vanille, on conseille plutôt Mataio Vanille sur la route côtière de Raiatea. Le personnage, haut en couleur, nous a accueillis à l’improviste un dimanche et faits visiter sa ferme. On y a trouvé :

  • de la vanille standard à 50 000 XPF les 500g (420€ soit environ 2.5€ la gousse)
  • de la vanille déclassée (comprendre même goût mais visuel moins glamour) à 12 500 XPF les 500g (105€ soit environ 0.63€ la gousse)

En fonction des quantités, vous aurez peut-être, comme nous, la bonne surprise d’une réduction complémentaire !

La ferme Champion
Ce n’est clairement pas la boutique la plus low cost dans le domaine mais c’est en revanche une adresse sûre et réputée pour la grande qualité de ses perles et l’originalité des bijoux. Aussi, le rapport qualité-prix n’est pas inintéressant. Les perles A sont particulièrement couteuses mais on trouve de jolies choses dans les perles de classe B. Pour les C, impossible de trouver une perle ronde à moins qu’elle ne soit franchement abimée… par contre, elles peuvent parfois présenter un caractère original et esthétique, loin des classiques habituels.

Quelques idées de prix :

  • 25€ la perle de catégorie C montée sur un fil de cuir,
  • 84€ la perle ronde montée sur un fil de cuir,
  • 170€ la perle baroque B de 8mm
  • 275€ la perle ronde de 12 mm
Le logement

Nous n’avons pas dormi sur l’île malheureusement

Les repas

Le repas a été organisé directement par Destination Lagon.

Les falaises de Te Pari

10 juillet 2021

Un peu à la dernière minute et parce que notre tour de l’île fût plus rapide que prévu, on opte pour la découverte de Teahupoo, patrie du surf à l’extrémité de Tahiti Iti.

Sur la marina on fait donc connaissance avec Otilia et Cindy, mère et fille, et une chouette famille du Sud à l’accent chantant qui nous poursuivra d’île en île une bonne partie du séjour (coucou la famille !). L’équipe au complet, on file sur les eaux bleutées, les yeux grands ouverts sur le décor. Comme souvent, le temps de ce début de matinée est un peu maussade mais donne un étonnant charme à cette côte sauvage envahie de végétation. Les nuages cachent la cime des montagnes, quelques ondées se dessinent dans les terres et menacent le large.

Arrivée près du village désormais célèbre, Cindy nous raconte les enjeux liées aux JO 2024 qui éliront domicile sur ce site préservé. On évoque les projets, les difficultés, les revendications mais aussi le rapport des habitants à leur terre et à la mer. Ici, on vit près de la nature. A l’embouchure de la rivière, les petits Polynésiens apprennent à nager dès 3 ans. Vient ensuite le temps de jouer avec les vagues sur la plage, l’apprentissage du body surf puis l’entrée dans la cour des grands : le surf, le vrai.

En voilà une justement qui n’a pas tardé à y entrer par la grande porte Un sifflet retentit au loin et deux nageurs s’approchent, ventre collé à leur planche. Prof et élève profitent du taxi vers la plus célèbre vague de Polynésie, déjà impressionnante malgré les conditions relativement peu propices aux immenses vagues. Les deux nous offriront une jolie démonstration de surf. Lui, incarnant tout ce qu’on imagine du surfeur, sorte d’Aquaman flottant sur l’eau dans un bouillonnement d’écume. Elle, petit bout de femme au casque licorne, à peine émue de se frotter à un tel mythe.

Le temps capricieux s’acharne mais nous aussi sommes obstinés. Impensable de faire demi-tour si tôt dans la journée. On opte alors pour une session de snorkeling sur fond de sable blanc, entouré par des eaux sombres nettement plus profondes. On s’y plait beaucoup, évoluant paisiblement dans les patates de corail, croisant toujours plus de poissons colorés et rencontrant même notre premier poisson clown dissimulé dans une anémone rosée. En remontant à la surface, on dévore le pain coco d’Otilia sous un doux soleil enfin réapparu avant de reprendre la mer pour approcher encore des falaises de Te Pari.

Autant être honnête, quand Cindy nous annonce que la prochaine étape est d’aller voir une cascade dans la roche, on est enthousiastes. Quand elle nous détaille le plan, un peu moins. Rien de plus facile pourtant : sauter du bateau, nager jusqu’aux rochers, les traverser à pied, replonger, attendre une vague entrante (surtout pas sortante pour éviter de se fracasser le crâne), passer la tête sous une arche et nager dans une grotte. On se regarde quelques instants pour voir qui partira le premier puis on plonge, tous. Et contre toute attente, en suivant les conseils et sous la vigilance d’Otilia, c’est presque facile. Armée de son grand sourire elle nous accompagne à chaque étape et nous rassure. Les plus courageux grimpent même au-dessus de la cascade et sautent directement dans la grotte, histoire d’en rajouter un peu.

Quand, à l’arrêt suivant, on nous propose de rejoindre le rivage à la nage, il n’y a plus d’hésitation : on s’exécute. On avance sur un petit sentier à travers les cocotiers, on s’arrête un moment pour écouter un trou de souffleur et se faire copieusement (et accidentellement) arroser par une vague avant de remonter un petit cours d’eau dont les bords ont été envahis par des cairns. Le décor est fantastique, entre cocotiers et jungle, entre roche et verdure. On traverse encore un mini lavatube, on grimpe à l’aide d’une corde au sommet d’une petite cascade et nous voilà arrivés. On s’installe un moment dans les bassins frais, on court après les chevrettes avant de passer la tête sous une autre cascade d’eau froide et de larges sourires apparaissent sur les visages…

Après ces mini-aventures et un copieux repas avalé, on s’enfonce dans la forêt à la recherche des anguilles sacrées. Les images ne rendent vraiment pas justice au décor (petits soucis de réglages…) qui nous a un peu rappelé l’Amazonie. Après quelques minutes de marche entre des milliers de racines, on les trouvera finalement dans une rivière d’eau froide et peu profonde au fond rocailleux.

Au retour, Otilia nous apprend à réaliser de jolies couronnes de fougères avant de reprendre la mer pour un dernier arrêt snorkeling. Sur le quai, on dit au revoir avec un peu d’émotion tant cette expédition nous aura enchantés. Quelle belle journée à Te Pari.

Le coup de cœur de Ptit Jo

La formidable vue sur ces falaises sauvages, battues par le vent et les vagues, aux couleurs changeantes à chaque apparition du soleil

Coté pratique

Les activités

Visite de Te Pari
Nous sommes partis avec Teahupoo Tahiti Surfari et ne l’avons vraiment pas regretté. Otilia et Cindy nous ont fait vivre une journée fantastique, pleine de découverte sur terre comme en mer et ponctuée de jolis échanges. On recommande sans la moindre hésitation le Vaiau Tour, 8500 XPF par personne (6heures annoncées mais nous y sommes restés nettement plus longtemps). D’autres formules sont disponibles sur leur site.

Le logement

Immeuble Ery, Rue des Remparts, Papeete 98714
Un logement à l’emplacement bien pratique mais aux prestations limitées.

Les repas

Urban café, 29 Rue Dumont D Urville, Papeete 98713
D’excellents et copieux brunchs sur une petite terrasse à l’arrière du restaurant, une chouette adresse !

Le Retro, Centre Vaima Front de mer, Papeete 98713
Une carte assez classique mais un très bon Mahi Mahi. Musique le weekend.

32 rue du Maréchal Foch, Papeete 98713
Une adresse qui ne paie pas de mine mais réputée comme le meilleur cochon du dimanche, parole de Polynésien

Découverte en Amazonie

1er au 4 aout 2019

Quand on s’imagine dans le pays, on pense surtout aux sites archéologiques et la vallée sacrée. On songe aussi à des treks dans des hauteurs presque impensables chez nous. Pourtant, nous partons désormais dans un tout autre univers.   Un Pérou chaud et humide, boisé et sillonné de rivières. Un Pérou de faune et de forêt.

Un Pérou qui permet de pousser la porte de l’Amazonie.

Quand on approche de l’aéroport de Puerto Maldonado, le paysage qui apparait sous les nuages nous donne l’impression d’un tout autre voyage. Sous nos pieds, une forêt s’étend à perte de vue, traversée par un long fleuve tout en méandres. Au sol, l’air est humide et chaud. Un mini bus couleur safari vient nous récupérer et nous amène à travers la ville au point de départ de notre aventure. Tuk-tuks, arbres fruitiers immenses, maisons basses faites de briques et de tôle… on a radicalement changé de décor.

Après quelques formalités, on rejoint les rives du fleuve pour le début d’une aventure qui nous marquera à jamais. Au bout du ponton, de longs bateaux à fond plat nous attendent pour nous transporter au cœur de la forêt amazonienne. A bord, on nous sert un repas emballé dans des feuilles de bananier que l’on déguste les yeux rivés sur les berges à la recherche de caïmans, capibaras et autres bestioles locales. Quand on atteint le lodge, le soleil se couche déjà sur l’eau.

On découvre alors nos jolies petites cabanes au cœur de la forêt. Tout en bois, elles n’ont que des moustiquaires pour fenêtres. Sur le lit sont posées d’épaisses couvertures et des chandelles trônent sur les tables basses. C’est tout. Et c’est bien suffisant (pas la peine de compter sur l’eau chaude non plus). Seule la grande pièce commune est équipée d’électricité pour quelques heures par jour. On y prend le premier repas d’une excellente série où l’on découvre le riz à l’huile de noix de macadamia… une vraie merveille! On y découvre aussi et surtout notre guide pour tout le séjour. Léo parle un français impeccable et rendra notre séjour unique. Fin connaisseur de la nature, qu’il s’agisse de faune ou de flore, c’est aussi un petit farceur jamais contre une bonne plaisanterie.

Quand il nous propose, à la fin du repas, de partir à la chasse aux insectes, dans la forêt et de nuit… on a d’abord cru à une de ses blagues.

Pas du tout.

Nous voilà donc à la file indienne, frontale vissée sur la tête, engagés sur un chemin qui serpente dans la nuit noire. On croise nos premières araignées, grenouilles et autres phasmes et on finit par se détendre (tout en continuant à bien rester collé au reste du groupe). Quand Léo nous propose d’agiter un petit bout de bois devant un trou creusé dans le sol, on reste quand même un peu méfiants… chacun observe son voisin en attendant de savoir qui sera la victime, un peu comme une classe de primaire avant d’aller réciter une poésie. Puis finalement, notre guide prend les choses en main. Il agite son bâton quelques secondes… juste assez pour faire sortir une tarentule toute noire et velue. On rentrera finalement sans encombre, sans avoir croisé de grosses bêtes ou s’être faits manger par un anaconda. Le sommeil nous gagne vite et d’autres aventures nous attendent au réveil.

Le lendemain matin, nous partons pour une longue randonnée à travers la forêt. De petits sentiers de terre tournicotent entre d’immenses arbres dont on peine parfois à distinguer clairement la cime. Au bout d’une demi-heure, on est bien incapables de retrouver la direction du lodge. De longues lianes pendent sur les troncs, le sol est couvert de feuilles et, parfois, de gigantesques rameaux de palmier défraichis. On se sent minuscules aux pieds de ce gracieux monde végétal.

On trouve de tout dans cette forêt. Plantes médicinales à gogo (aviez vous déjà vu de l’arnica?), caoutchouc, arbres tambour, colorants naturels, orchidées sauvages… même les plus insensibles à toute forme de botanique auraient été charmés par cette balade, tellement riche de découvertes et d’expériences. On y croise des fourmis gardant farouchement certains arbres, d’autres aussi larges que le pouce et dont la morsure fait autant d’effet que s’être fait tirer dessus. On entend toutes sortes d’oiseaux, de bruissements. On découvre milles nuances de verts. On apprend où trouver de l’eau, où se soigner et comment survivre… et on joue avec les tarentules. Avec une confiance aveugle en Léo, on se prête au jeu du petit bout de bois devant les terriers. A force de kilomètres, on se battrait presque pour être le prochain à les approcher. On finit même par tomber sur toute une famille et à les observer avec tendresse. Parfaitement, avec tendresse.

On est loin de tout, loin du monde. On est soudainement minuscules et insignifiants. Plus que n’importe où ailleurs au fil de nos voyages, on comprend. On perçoit enfin l’impact que nous avons sur le monde, on appréhende cet environnement tellement complexe, si fort et pourtant si fragile. A l’heure d’écrire ce récit, les effrayantes images de l’Amazonie s’embrasant serrent encore le cœur tant le souvenir des kilomètres parcourus dans ce décor sont vifs. Quel immense gâchis…

On sort finalement des bois pour gagner un grand lac bordé de palmiers. En silence, on s’installe à bord de barques à fond plat et on rame, doucement. Ici vivent caïmans et anacondas, singes et oiseaux de toute sorte. On les cherche, longtemps, sans succès. Des pluies diluviennes se sont abattues sur l’Amazonie quelques jours avant notre arrivée, rafraichissant nettement l’atmosphère et encourageant les animaux à se dissimuler dans les arbres. On le sait, approcher la faune sauvage requiert une bonne dose de chance et de patience. Cette fois, la chance nous aura manqué. On aperçoit seulement quelques aras entre les branches de palmiers. Au cours de la balade, Léo nous propose une nouvelle expérience: la pêche au piranha. Vaillamment armés d’un fil de nylon et d’un bâton, on tente… et ça marche (une fois, la première: plus jamais on ne réussira !). Léo attrape cet étrange petit poisson et nous montre son impressionnante mâchoire avant de le laisser filer rejoindre sa bande. Il est désormais temps de rejoindre le lodge, ses hamacs et nos petites cabanes.

Quand on nous tire du lit ce matin là, il fait nuit noire dehors. Il est incroyablement tôt et on met machinalement un pied devant l’autre jusqu’au bateau. Léo nous explique alors le plan: remonter la rivière de nuit, sans lumière pour ne pas déranger la faune, entre les rapides et les blocs de pierres qui parsèment la rivière. Aucun risque selon lui, notre pilote connait la rivière comme sa poche. Non, ce n’est toujours pas une blague.

On nous équipe d’épaisses couvertures bariolées et le moteur se met à tourner. La lumière du bateau s’éteint, il fait désormais complètement noir, l’air est frais et vif, traversant le bateau de tout son long… et pourtant on s’endort. Alors que le jour était tout juste levé, on arrive dans une zone de forêt bien différente. Les méandres de la rivière se font plus tortueux, les rives plus sableuses et bordées de galets clairs. On nous débarque finalement devant une rangée de palmiers qui semblent pousser comme une forêt de bambous et on s’approche, en silence, d’un immense mur d’argile.

Ici, aras et perroquets viennent tous les matins pour grignoter la falaise dans un curieux ballet. L’argile agit comme un pansement gastrique et protège les oiseaux de l’acidité des fruits qu’ils peuvent trouver dans la forêt. Tout est très réglé : les oiseaux s’installent par familles et par espèces dans les arbres tout autour de la falaise et attendent. Si l’endroit est calme, une partie du groupe descend gratter l’argile, l’autre surveille les alentours. Les espèces se succèdent, se mélangent rarement et chaque groupe picore pendant quelques moments, faisant de nombreux va-et-vient entre arbres et falaise.

Ce matin-là, de timides groupes étaient postés dans les arbres, les premiers oiseaux s’aventuraient tout juste dans la falaise quand soudain, un brouhaha immense s’est fait entendre. Tous les oiseaux se sont enfuis d’un battement d’aile dans une parfaite synchronisation. Sans prévenir, ils ont volé dans toutes les directions dans un vacarme incroyable. On ne saura jamais ce qui les a effrayés, notre petit groupe étant à distance respectable et parfaitement silencieux. Léo penchait, lui, pour un jaguar ou un serpent.

A peine installés, nous voilà donc complètement démunis face à un mur d’argile vide et des branchages déserts. On patiente en sirotant un thé et en grignotant un petit déjeuner puis, timidement, les premiers oiseaux reviennent et le manège se remet en place. Ils ne seront jamais aussi nombreux que lors de notre arrivée mais on profite largement du spectacle de ces ailes colorées.

De retour au lodge, Léo nous entraine à nouveau dans la forêt, à la recherche d’animaux toujours bien timides. Notre guide est un peu dépité, il n’avait pas eu aussi peu de succès depuis des années. Il poursuit longuement, nous trainant sur des chemins qui nous font perdre un peu plus nos repères à chaque virage. Il continue de nous raconter des histoires, des recettes locales aux traditions en passant par le Pérou d’aujourd’hui.

En rentrant, on se promet de revenir un jour dans ce monde si différent du nôtre. Qui sait ce que nous trouverons la prochaine fois ?

Le coup de cœur de Ptit Jo

Difficile de choisir un moment parmi toutes ces aventures mais nos premiers pas dans la forêt amazonienne durant cette journée de balade resteront sans doute inoubliables.

Coté pratique

Ayant réservé notre voyage avec Andes Authentiques Tours, nous n’avons pas consulté avec précision toutes les formules existants pour l’Amazonie.

La plupart des (rares) établissement installés dans la forêt proposent des formules tout inclus : transport, hébergement, repas et activités.

Nous sommes restés 3 nuits au Caïman lodge et ne l’avons pas regretté. Moins luxueux que certains établissements, il nous a offert une expérience peut être plus authentique sans être pour autant digne d’une aventure de Mike Horn. Un excellent compromis à nos yeux. Les repas étaient tous excellents, des bananes sont disponibles directement suspendues à leur régime à l’entrée de la salle commune et un ponton permet d’observer le fleuve et les étoiles le soir.

Surtout, demandez Léo pour vous accompagner : il est sans doute le véritable artisan de la réussite de ce séjour !

Côté moustiques : nous avons eu la chance d’en croiser très peu à cette saison. Nous étions bien équipés : vêtements longs et chaussettes hautes imprégnés de répulsif, crème et spray anti moustiques et traitement contre le palu. Ce n’est sans doute pas pareil à toutes les saisons mais nous n’avons vraiment eu aucun soucis !

Expérience au Titicaca

23 juillet 2019

Après une longue journée de route, nous voilà arrivés tardivement à Puno sur les bords du lac Titicaca. Si l’emplacement avait a priori tout pour plaire, la ville n’a finalement rien de particulier. On en profite simplement pour reconstituer des réserves, manger un morceau et prévoir quelques cadeaux. Demain, nous sommes invités…

24 juillet 2019

Sous un soleil radieux, on descend vers le lac pour une journée d’excursion sur le plus haut lac navigable du monde à quelques 3800 mètres d’altitude. Lac parait d’ailleurs être un terme bien en dessous de la vérité tant son immensité impressionne, il s’étend en effet sur 190km de long et 80 de large entre le Pérou et la Bolivie. Après un court trajet en bateau, nous voilà débarqués sur les îles Uros, petit archipel flottant entièrement conçu par l’Homme à l’aide de roseaux et de terre. Un peu plus de 200 personnes vivent sur ces îles.

Pour la petite histoire, on pense que les Uros sont un des peuples les plus anciens d’Amérique. Pour éviter la sécheresse, ils auraient fui l’Altiplano pour rejoindre les régions côtières avant de s’exiler sur des îles… pour fuir le risque d’invasion Inca cette fois ! Les voilà donc flottants sur l’eau et s’alimentant essentiellement de la pêche et de la chasse aux oiseaux.

Quand on débarque sur le sol de paille, on est directement emmenés sur une place centrale, tous assis en cercle autour de la chef de village. Là, on nous explique la construction des îles à base de racines de totora, tressées puis fixées par des cordes afin de les transformer en blocs compacts. Une île flotte sur une trentaine de blocs sur lesquels on ajoute une couche de roseaux séchés. De lourdes pierres échouées au fond de l’eau assurent la stabilité de l’ensemble. Les roseaux sont régulièrement changés pour assurer la pérennité des îles qui peuvent perdurer pendant près de 30 ans.

Si les groupes de familles ont chacune leur île, l’organisation touristique est bien rodée et basée sur le partage : les bateaux de Puno s’arrêtent à tour de rôle sur chaque morceau de l’archipel pour assurer des revenus équitables dans une population ne vivant plus que de la présence des visiteurs ou presque.

On se balade un moment sur la petite île avant de grimper sur un mirador pas très rassurant pour observer le panorama et, sur l’eau, les bateaux de totora colorés. Après quelques échanges et quelques achats (dont un joli mobile en roseau tressé :)), on vogue vers l’île principale pour faire tamponner notre passeport avant de repartir en balade.

La journée devait se poursuivre paisiblement vers les îles Taquile… le temps en aura décidé autrement. Si le soleil est toujours au beau fixe, le lac, lui, s’agite. Il s’agite même beaucoup. De grosses vagues font tanguer le petit bateau et, à l’intérieur, les premiers passagers déchantent. Un plan B s’improvise et nous filons vers la presqu’île de Llachon, toujours ballotés par les flots. Heureux de poser le pied sur la terre ferme, nous débarquons donc accueillis dans une longue bâtisse meublée d’imposantes tables colorées rapidement remplies de soupes fumantes.

La longue balade sur les bords du lac, entre plage et terres cultivées, nous apaise et achève de nous remettre l’estomac en place. Les couleurs sont douces, chaleureuses. La vie semble paisible une fois le grand lac enfin calmé. Au fil des pas, on tombe sur d’autres voyageurs échoués avec nous sur Llachon, en pleine partie de volley avec les enfants du village. On s’incruste et on se prend la dérouillée du siècle avant de rejoindre nos hôtes du soir.

Chaque groupe de voyageurs est en effet accueilli par une famille pour passer la nuit dans de petites maisons traditionnelles avec vue sur le lac. On rencontre donc la mama tout sourire, son époux, tout en discrétion et son adorable Bodie, petite bestiole surexcitée amoureuse des lacets. On ne parle pas la même langue mais on partage un maté en souriant avant de découvrir une malle pleine de vêtements traditionnels. Ni une ni deux, nous voilà embarqués dans une session d’essayage que jalouserait Cristina Cordula. Ponchos, bonnets, immenses jupes à volants et chapeaux à pompons bariolés, nous voilà plongés dans un tourbillon de couleurs. On tournoie faisant voler tissu et laine d’alpaga, on rigole comme des enfants déguisés en superhéros.

Le soleil se couche et il est désormais temps de rejoindre la grande bâtisse pour le diner. Chacun prend sa part, minime, à coup d’épluchage de carottes et de pommes de terre. En attendant nos assiettes, éclairés à la bougie, on joue au Uno avec des italiens aux règles douteuses, au jenga avec des péruviens moqueurs (même en quechua on comprend !) tout en partageant des Cusqueña fraiches. On ne regrette pas un instant d’avoir changé de plan en cours de route: on se sent bien à Llachon.

Le coup de cœur de Ptit Jo

Quand on nous a proposé une nuit chez l’habitant, on n’était pas certains d’aimer le concept. On avait peur d’une ambiance bizarre et de sourires forcés… On ne regrette pas un instant de s’être laissés tenter !

Coté pratique

Les activités

Une journée au Titicaca
Cette excursion, très classique, a été organisée par Andes Authentiques Tours qui a également organisé nos réservations d’hôtels et nos transports. S’il est possible de voyager seul au Pérou, nous avons jugé qu’en groupe de 7, la gestion des transports en communs serait trop chronophage et avons opté pour la facilité et le confort d’une agence. De nombreuses agences proposent des expériences à la journée ou avec un nuit incluse.

Le logement

Plaza Mayor Hotel, Jr. Deustua 342, Puno 21001
Des chambres spacieuses et des prestations tout à fait classiques.

Les repas

La casona restaurant, Lima 423, Puno 21001, Pérou
Un excellent restaurant où l’on s’est, encore une fois, régalés avec la soupe au poulet.

Rupha Café, Jr, Moquegua 338, Puno
Un restaurant encensé par certains guides mais qui ne nous a pas laissé de souvenirs particuliers.