Majorelle et Saint Laurent

1er avril

On s’éveille tôt ce matin là, chatouillés par la lumière et l’air frais qui entrent par les ouvertures de la chambre. Quelques notes chantées par les oiseaux précèdent la sonnerie du téléphone qui nous presse un peu plus. Une fois encore, les souks sont désertés des touristes et commencent tout juste à voir défiler les premiers habitants. A l’ombre des allées, les chats ont pris possession des lieux et traversent dans nos pattes avec nonchalance. On file droit vers la ville, la vraie, qui s’élève derrière les remparts.

Des immeubles sans charme bordent de larges artères passantes, loin des ruelles tortueuses et des échoppes pleines de bric-à-brac. Le brouhaha de la médina a disparu au profit des moteurs de voitures et des klaxons qu’on se surprend à regretter. On arrive peu après l’ouverture du jardin Majorelle dans une allée ombragée et tranquille qui nous réconforte un peu.

L’entrée du jardin est entourée d’immenses bambous qui cachent le soleil. Au fil des pas, on longe de petits bassins où coassent des dizaines de grenouilles à l’ombre de bougainvilliers fleuris. Le bleu Majorelle tapisse villa, bordures, fontaines et canaux disséminés dans un camaïeu de vert et des rangées de cactus en fleurs. Si le début de la visite se fait dans le calme du jardin, nous sommes subitement rejoints par des nuées de touristes qui forment de véritables files d’attente dans le seul but d’immortaliser leur venue devant ces célèbres murs. Le musée berbère, intégré au jardin, permet de quitter quelques minutes la foule de plus en plus importante.

En quittant le musée, les allées nous guident vers la seconde partie du parc, parfois fermée au public. Baignée de soleil, on y trouve une jolie collection d’agrumes qui poussent en pots, en bosquets ou en arbres volumineux. A la sortie du jardin, la file d’attente est impressionnante. Des centaines de personnes attendent au soleil entourées par des vendeurs de chapeaux et de glaces qui ont pris leurs quartiers près d’impressionnantes rangées de taxis.

Quelques mètres plus loin, une nouvelle et longue file d’attente serpente en plein soleil devant le musée Yves Saint Laurent, on se félicite alors d’avoir pris un billet combiné le matin même. Le décor du lieu est épuré et soigné, tout en jeu de lumière. On commence la visite par l’exposition temporaire « robes sculptures de Noureddine Amir » soigneusement mise en scène dans un décor noir ponctué de jeux de miroirs. Il se dégage de cette pièce une ambiance particulière où tous les repères ont disparu. Il est difficile de s’orienter dans cette salle trompe l’œil qui oblige à prendre son temps pour découvrir les robes sculptures. Une première.

Le hall consacré à Yves Saint Laurent est lui aussi particulièrement soigné. Les murs et le sol sont couverts d’un noir d’ardoise sur lesquels s’alignent les plus belles créations du couturier, souligné par un éclairage impeccable. On admire les robes aux lignes soignées quand le décor prend vie. La voix du couturier résonne dans la pièce, d’immenses dessins s’animent sur les murs, comme tracés à la craie dans l’instant. Les croquis s’estompent finalement pour laisser la place à des mannequins qui défilent dans les airs, courant d’un recoin à l’autre avec grâce. Le musée YSL n’est décidément pas comme les autres.

Enfin, l’auditorium Pierre Bergé, tout en bois, propose un mini-documentaire sur l’histoire du couturier que l’on écoute avec intérêt. On y reste une petite heure mais on ne regrette vraiment pas le voyage.

Sur le chemin du retour, le décor matinal et sans vie s’est transformé. Les mobylettes pétaradent de nouveau et slaloment entre les piétons. Elles nous auraient presque manqué. Après un saut rapide à l’hôtel, nous voila partis vers les bains de Marrakech, havre de paix dans cette ville pleine de vie. Les photos ne sont évidemment pas autorisées mais le décor vaut vraiment le coup d’œil. Lumière tamisée, bois sculpté, rideaux vaporeux et couleurs chatoyantes… On opte pour Day Spa Relax et on se laisse guider d’une salle à l’autre, chouchouté par le personnel et requinqué par un thé à la menthe entre chaque soin. On en ressort un peu amorphes mais complètement dé-ten-dus.

Charmés la veille par l’ambiance des souks, on retourne sans se presser vers Mouassine pour une séance de henné dans la médina. Perché sur une minuscule terrasse où deux petites tortues font les cent pas, le Henna café sert uniquement des produits bio. On y sirote un thé tout en consultant le catalogue débordant de motifs plus ou moins imposants et traditionnels. Des livres sont à disposition pour patienter pendant qu’une toute petite bonne femme emmitouflée dans d’improbables vêtements en polaire s’installe à mes côtés pour commencer à dessiner. Les gestes s’enchainent, habiles, précis, et en moins de temps qu’il n’en a fallu pour choisir, me voilà tatouée sur tout l’avant bras (coucou Maman 😉 ). On attend encore un peu que le henné sèche, juste l’occasion de boire le dixième thé à la menthe de la journée, avant que notre artiste revienne recouvrir son œuvre de sucre et de citron. Mon bras ressemble à une pâtisserie orientale, luisante et collante à souhait. La consigne est donnée: interdiction d’y toucher jusqu’à demain. Ah.

Au bout du chemin ce soir là, la Terrasse des Epices installée au sommet du souk Cherifa nous fait de l’œil: alcôves aux couleurs chaudes, vue sur l’Atlas et la Koutoubia, plaids ou chapeaux à disposition et atmosphère un peu bobo. On ne croise ici que des européens mais le décor vaut le coup d’œil. La lumière décline et les flambeaux s’allument peu à peu au cours du repas. Terrasses des épices, terrasse des délices…

Coté pratique

Le logement

Riad Dihya, N 24 Derb Jdid Dabachi Médina, Médina, 40000 Marrakech
Riad plutôt bien situé et proche de Jemaa El Fna. Le petit déjeuner est très copieux et servi sur le toit du riad. Un bémol cependant, il n’y a pas de porte aux salles de bains. A payer en liquide uniquement.

Les visites

Jardin Majorelle, Rue Yves St Laurent, perpendiculaire à l’avenue Yacoub el-Mansour
Tous les jours, d’octobre à avril, de 8h00 à 17h30
Tous les jours, de mai à septembre, de 8h00 à 18h00
Billet combiné pour le jardin, le musée berbère et le musée Saint Laurent: 150 Dh

Les bains de Marrakech, 2 Derb Sedra, Bab Agnaou, Marrakech
Toutes les informations ici: http://www.lesbainsdemarrakech.com/fr/reservation-spa
Attention, les confirmations de réservation mettent beaucoup de temps à arriver.

Henna Café Marrakech, 93 Arset Aouzal, Souikat Bab Doukala, Marrakech
L’endroit parfait pour le henné: on y utilise uniquement des produits bio et naturels et tous les profits sont reversés à une association qui favorise l’éducation. Un petit guide est remis pendant la séance pour apprendre les bases de l’arabe.

Les repas

La terrasse des épices, 15 souk Cherifa, Sidi Abdelaziz
Réservation indispensable. Prix supérieurs à la moyenne mais pâtisseries orientales à tester absolument. Une pâtisserie, au rez de chaussée, permet même de les emporter.

Au cœur des souks

31 mars 2018

Notre journée à la découverte des souks commence dans une ambiance étonnamment tranquille. On s’y prend vers 11h, le temps d’avaler notre immense petit déjeuner et on est à nouveau surpris par le calme. Sous un doux soleil qui chauffe délicatement la peau, Marrakech s’éveille sagement, loin du brouhaha de la soirée. Les stands ouvrent peu à peu et personne ne hèle les passants, même les mobylettes slaloment sans effort et ont arrêté de klaxonner à tout-va. On choisit une rue proche de notre riad avant de s’engager dans les souks au gré de notre inspiration.

Le nez aux vents et le regard errant d’un stand à l’autre, on traverse les ruelles, étudiant les poteries aux décors raffinés, les babouches qui pendent au plafond et les vêtements brodés. Sans y prêter vraiment attention, on déboule sur l’animée Rahba El Kdima, ancien marché au grain envahi de marchandises et porte d’entrée sur de nombreux souks. Les apothicaires y ont élu domicile avec leurs plantes médicinales, poudres odorantes, racines, peaux de bêtes ou lézards séchés (beurk). Un peu plus loin, des centaines de paniers, couffins et corbeilles s’accumulent dans un joyeux bazar coloré. Des tapis suspendus partout face à nous recouvrent des maisons entières et marquent l’entrée du souk Zarbia, incroyablement désert et calme. Quelques timides rayons de soleil s’infiltrent à travers le toit de tôle et donnent un peu de vie à ces allées endormies.

Deux virages plus loin, les ruelles de plus en plus tortueuses s’encombrent de milliers de pièces de ferraille, du lustre majestueux à la babiole la plus anodine. Caverne d’Ali Baba qui brille de mille feux et où résonnent au loin les marteaux des dinandiers, l’endroit regorge des théières, petites lampes ou plateaux ciselés sur lesquels ondule la lumière du soleil ou de dizaines d’ampoules accrochées de toute part. Ça brille. C’est beau. Le souk des bijoutiers voisin déborde lui aussi de breloques qui s’accumulent dans les vitrines ou directement sous les yeux des passants. Au moindre coup d’œil envieux, les marchands vous entrainent dans une série d’essayages au son de traditions plus ou moins ancestrales et de « gazelles » en veux tu en voilà.

On s’enfonce encore dans les méandres de Marrakech quand des rangées de châles et d’étoffes aux mille nuances indiquent l’approche du petit souk des teinturiers. Les écheveaux de laines suspendus au dessus de nos têtes sèchent au soleil. Bleu intense, rouge sombre ou couleurs d’automne ornent des morceaux de bois installés ici et là. Quelques coupelles de colorants trainent sur les étals près de marmites d’un autre âge qui fument abondamment. Au coin d’une rue, on se retrouve emmitouflés dans un chèche indigo avant d’avoir pu dire « ouf ». Seuls les yeux ont été épargnés par ce voile coloré noué habillement par un marchand. D’un geste rapide, il dévoile le visage dans un immense sourire « ça mon amie, c’est la version climatisation berbère ». Comment se faire pigeonner en 3 leçons.

De grandes galeries au plafond de cèdre ont été envahies de vêtements et de babouches de toutes les formes. Elles nous ramènent à la Mouassine, rue pavée aux stands ouverts sur la voie et ornés de volets en bois. On y est presque les seuls touristes au milieu d’une foule dense qui circule entre les pâtisseries, les bazars et les morceaux de viande suspendus à des crochets. On ressort un peu perdus dans une artère où semble se jouer une course de mobylettes qui ne laissent aucune chance aux piétons.

Après des heures de vadrouille, le café Argana offre une pause en terrasse avec vue sur la place Jemaa El Fna et les montagnes enneigées de l’Atlas en toile de fond. Passés les vendeurs ambulants, charmeurs de serpents et hannaya traçant des formes de henné aux couleurs peu naturelles, la Koutoubia s’élève près des vestiges de l’ancienne mosquée. Elle rappelle la Giralda de Séville mais n’est malheureusement pas accessible aux non-musulmans. A ses pieds, baigné de senteurs de fleurs d’orangers, un grand jardin traversé de fontaines ouvre le chemin vers le quartier fortifié.

La Kasbah, entourée de murailles, nous accueille pour le reste de l’après midi. On y trouve les tombeaux saadiens, vestiges d’une civilisation oubliés jusqu’au siècle dernier. L’entrée se fait par un couloir étroit qui débouche dans un jardin insoupçonné de l’extérieur. Les premiers tombeaux, tout de marbre, de cèdre et de stuc sculpté, sont visibles au premier coup d’œil. Pour les autres, plus fastueux, une file d’attente importante serpente le long des allées. Arrivés au bout, on nous presse un peu  pour permettre à tous les visiteurs d’observer les lieux. La visite est finalement assez rapide et il nous faut à peine une heure pour faire le tour du jardin.

La journée s’achève sur les hauteurs de la place Jemaa El Fna avec un couscous aux sept légumes renversant sous des airs de musique orientale au coucher du soleil. Une danseuse rentre dans la salle suivie d’une seconde, les gens se lèvent pour danser au milieu des tables rouges et un petit bout marchant à peine s’avance en tapant dans les mains. Et discrètement, on se laisse surprendre par Marrakech.

Coté pratique

Le logement

Riad Dihya, N 24 Derb Jdid Dabachi Médina, Médina, 40000 Marrakech
Riad plutôt bien situé et proche de Jemaa El Fna. Le petit déjeuner est très copieux et servi sur le toit du riad. Un bémol cependant, il n’y a pas de porte aux salles de bains. A payer en liquide uniquement.

Les visites

Tombeaux saadiens
Entrée par une petite porte à côté de la mosquée El-Mansour dans le quartier de la Kasbah. Entrée: 10Dh. Ouvert tous les jours de 9h à 16h45.

Les repas

Le Marrakchi, 52, Rue des Banques,
Réservation indispensable. Prix supérieurs à la moyenne mais couscous merveilleux. Danse orientale le soir.