Au cœur des souks

31 mars 2018

Notre journée à la découverte des souks commence dans une ambiance étonnamment tranquille. On s’y prend vers 11h, le temps d’avaler notre immense petit déjeuner et on est à nouveau surpris par le calme. Sous un doux soleil qui chauffe délicatement la peau, Marrakech s’éveille sagement, loin du brouhaha de la soirée. Les stands ouvrent peu à peu et personne ne hèle les passants, même les mobylettes slaloment sans effort et ont arrêté de klaxonner à tout-va. On choisit une rue proche de notre riad avant de s’engager dans les souks au gré de notre inspiration.

Le nez aux vents et le regard errant d’un stand à l’autre, on traverse les ruelles, étudiant les poteries aux décors raffinés, les babouches qui pendent au plafond et les vêtements brodés. Sans y prêter vraiment attention, on déboule sur l’animée Rahba El Kdima, ancien marché au grain envahi de marchandises et porte d’entrée sur de nombreux souks. Les apothicaires y ont élu domicile avec leurs plantes médicinales, poudres odorantes, racines, peaux de bêtes ou lézards séchés (beurk). Un peu plus loin, des centaines de paniers, couffins et corbeilles s’accumulent dans un joyeux bazar coloré. Des tapis suspendus partout face à nous recouvrent des maisons entières et marquent l’entrée du souk Zarbia, incroyablement désert et calme. Quelques timides rayons de soleil s’infiltrent à travers le toit de tôle et donnent un peu de vie à ces allées endormies.

Deux virages plus loin, les ruelles de plus en plus tortueuses s’encombrent de milliers de pièces de ferraille, du lustre majestueux à la babiole la plus anodine. Caverne d’Ali Baba qui brille de mille feux et où résonnent au loin les marteaux des dinandiers, l’endroit regorge des théières, petites lampes ou plateaux ciselés sur lesquels ondule la lumière du soleil ou de dizaines d’ampoules accrochées de toute part. Ça brille. C’est beau. Le souk des bijoutiers voisin déborde lui aussi de breloques qui s’accumulent dans les vitrines ou directement sous les yeux des passants. Au moindre coup d’œil envieux, les marchands vous entrainent dans une série d’essayages au son de traditions plus ou moins ancestrales et de « gazelles » en veux tu en voilà.

On s’enfonce encore dans les méandres de Marrakech quand des rangées de châles et d’étoffes aux mille nuances indiquent l’approche du petit souk des teinturiers. Les écheveaux de laines suspendus au dessus de nos têtes sèchent au soleil. Bleu intense, rouge sombre ou couleurs d’automne ornent des morceaux de bois installés ici et là. Quelques coupelles de colorants trainent sur les étals près de marmites d’un autre âge qui fument abondamment. Au coin d’une rue, on se retrouve emmitouflés dans un chèche indigo avant d’avoir pu dire « ouf ». Seuls les yeux ont été épargnés par ce voile coloré noué habillement par un marchand. D’un geste rapide, il dévoile le visage dans un immense sourire « ça mon amie, c’est la version climatisation berbère ». Comment se faire pigeonner en 3 leçons.

De grandes galeries au plafond de cèdre ont été envahies de vêtements et de babouches de toutes les formes. Elles nous ramènent à la Mouassine, rue pavée aux stands ouverts sur la voie et ornés de volets en bois. On y est presque les seuls touristes au milieu d’une foule dense qui circule entre les pâtisseries, les bazars et les morceaux de viande suspendus à des crochets. On ressort un peu perdus dans une artère où semble se jouer une course de mobylettes qui ne laissent aucune chance aux piétons.

Après des heures de vadrouille, le café Argana offre une pause en terrasse avec vue sur la place Jemaa El Fna et les montagnes enneigées de l’Atlas en toile de fond. Passés les vendeurs ambulants, charmeurs de serpents et hannaya traçant des formes de henné aux couleurs peu naturelles, la Koutoubia s’élève près des vestiges de l’ancienne mosquée. Elle rappelle la Giralda de Séville mais n’est malheureusement pas accessible aux non-musulmans. A ses pieds, baigné de senteurs de fleurs d’orangers, un grand jardin traversé de fontaines ouvre le chemin vers le quartier fortifié.

La Kasbah, entourée de murailles, nous accueille pour le reste de l’après midi. On y trouve les tombeaux saadiens, vestiges d’une civilisation oubliés jusqu’au siècle dernier. L’entrée se fait par un couloir étroit qui débouche dans un jardin insoupçonné de l’extérieur. Les premiers tombeaux, tout de marbre, de cèdre et de stuc sculpté, sont visibles au premier coup d’œil. Pour les autres, plus fastueux, une file d’attente importante serpente le long des allées. Arrivés au bout, on nous presse un peu  pour permettre à tous les visiteurs d’observer les lieux. La visite est finalement assez rapide et il nous faut à peine une heure pour faire le tour du jardin.

La journée s’achève sur les hauteurs de la place Jemaa El Fna avec un couscous aux sept légumes renversant sous des airs de musique orientale au coucher du soleil. Une danseuse rentre dans la salle suivie d’une seconde, les gens se lèvent pour danser au milieu des tables rouges et un petit bout marchant à peine s’avance en tapant dans les mains. Et discrètement, on se laisse surprendre par Marrakech.

Coté pratique

Le logement

  • Riad Dihya, N 24 Derb Jdid Dabachi Médina, Médina, 40000 Marrakech

Riad plutôt bien situé et proche de Jemaa El Fna. Le petit déjeuner est très copieux et servi sur le toit du riad. Un bémol cependant, il n’y a pas de porte aux salles de bains. A payer en liquide uniquement.

Les visites

  • Tombeaux saadiens

Entrée par une petite porte à côté de la mosquée El-Mansour dans le quartier de la Kasbah. Entrée: 10Dh. Ouvert tous les jours de 9h à 16h45.

Les repas

  • Le Marrakchi, 52, Rue des Banques,

Réservation indispensable. Prix supérieurs à la moyenne mais couscous merveilleux. Danse orientale le soir.


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