Gourmandises en musique

Cette dernière journée débute sous un brin de soleil pour nous changer de la brume ambiante qui persiste depuis notre arrivée. Le temps parfait pour découvrir le Prater, poumon vert de Vienne réputé pour sa grande roue.  Les stands s’étendent sur de longues allées mais le parc est presque désert en ce début de matinée (le parc est officiellement fermé après le 31 octobre…). Quelques manèges d’un autre temps y côtoient des attractions bien plus modernes et originales. On regrette un peu de ne pas être venus en pleine saison pour profiter des lumières, de la musique et des odeurs de barbe à papa.

En poursuivant vers les rives du Danube, on s’éloigne un peu des allées chics de la Vienne traditionnelle pour approcher son quartier plus alternatif. La Kunsthaus est la version rénovée par Hundertwasser d’une ancienne usine de meubles. Ses façades bariolées, ses sols irréguliers et ses assemblage de verre, de brique et de céramique sont les traits caractéristiques du travail de l’architecte autrichien. Les étages sont consacrés aux expositions permanentes ou temporaires et un café restaurant écolo réputé, le Dunkelbunt, occupe une partie du hall.

Un peu plus loin, la Hundertwasserhaus est construite dans la même veine. Il s’agit sans doute du HLM le plus connu d’Autriche avec ses loyers imbattables (5€ le m²…). Le Hundertwasser village, situé sur le trottoir d’en face, ressemble à un petit marché couvert au décor coloré. La plupart des boutiques n’abritent cependant que des marchands de souvenirs.

Sur le chemin du retour vers le centre ville, nous optons pour un petit détour vers le Belvédère et son jardin inspiré des créations de Le Nôtre. Les deux bâtiments abritent diverses expositions mais nous ne faisons que traverser le parc pour visiter le premier marché de Noël de la journée. Cette étape est l’occasion d’une rencontre avec des compatriotes savoyards qui embaument tout le marché avec leurs sandwichs à la raclette… On sourit devant les petits bonhommes de neige et les décors en bois, on admire des boules de verre pleines de détails et on s’étonne devant ce qui est sans doute le stand des plus gros beignets du monde. Une place est néanmoins réservée dans notre estomac pour une autre spécialité, il nous faudra donc patienter un peu.

Les prochains marchés sont situés le long du Ring vers le Museumsquartier. Il s’agit d’un des plus grands regroupements de musées au monde et il est difficile de savoir par où commencer. Par manque de temps, nous ne faisons que pousser la porte du musée des Beaux Arts, le Kunsthistorisches Museum (ou KHM pour les intimes) qui abrite les milliers d’œuvre accumulées par les Habsbourg pendant leur règne. En entrant par la rotonde, on regrette immédiatement de ne pas avoir notre après midi pour visiter ce lieu qui, rien que par son décor, vaut sans aucun doute le détour. Les stands de Noël ont envahi l’espace sur le parvis. Si les marchands sont similaires à ceux présents sur les autres marchés, on y découvre pour la première fois le Trdelnik, pâtisserie slovaque grillée à la braise et recouverte de sucre et de noisettes pilées. Cette découverte annonce l’heure du goûter, direction l’hôtel Sacher.

Il y a foule sur le trottoir qui longe la devanture. Les touristes forment une longue file d’attente devant le célèbre café mais aussi devant le comptoir qui vend directement les pâtisseries à emporter dans de belles boites en bois. Le couloir lambrissé, les lustres clinquants et les tapisseries rouges recouvertes de l’ananas des Habsbourg plantent le décor. On nous accueille en posant nos manteaux au vestiaire, le décor est grandiose… Il ne faut que quelques minutes pour qu’on nous serve la fameuse sachertorte, à base de génoise au chocolat et de confiture d’abricot et recouverte d’un glaçage au chocolat absolument parfait. Vienne n’est pas franchement une destination diététique mais peu importe au fond, la sachertorte est un incontournable.

Les grandes artères du centre ville toutes proches nous amènent vers la maison de la musique qui occupe un palais haut de plusieurs étages. Attirés par sa réputation de musée ludique, nous nous laissons tenter par cette dernière visite. Des marches d’escalier musicales en touches de piano annoncent la couleur. Au premier étage abrite une petite pièce noire où il est possible d’écouter autant que l’on veut le dernier concert du nouvel an pendant que, dans le hall voisin, un stand propose de créer sa propre valse par des lancers de dés aléatoires (avec plus ou moins de réussite). L’étage supérieur est comme un labyrinthe qui propose de jouer avec les sons. On colle l’oreille à des pommeaux de douches et des entonnoirs argentés pour essayer de reconnaitre les sons du corps humains ou les bruits du quotidien. Au virage d’après, on glisse la tête dans un demi globe terrestre pour atterrir à New York ou sur les plages de l’île de Pâques…Comme des enfants, on teste tous les jeux, tous les écrans, tous les sons… Encore quelques marches supplémentaires pour se promener dans la vie des plus grands compositeurs autrichiens à travers des appartements reconstitués. Pour finir, on choisit un morceaux pour jouer les chefs d’orchestre devant un grand écran. La maison de la musique n’est sans doute pas un incontournable mais on y passe un bon moment.

Il fait nuit noire dans Vienne quand nous quittons le palais. L’animation du weekend donne finalement à la ville tout le relief d’une capitale et le marché de Noël de la Karlskirche déborde de monde. Les tasses de vin chaud s’y entrechoquent dans la bonne humeur. Au centre, la grande place a été transformée en crèche géante où les enfants ont entamé une bataille de foin, à défaut de neige.

A l’autre bout du Ring, l’hôtel de ville aussi brille de mille feux. Les lumières du bâtiment gothique et du Christkindlmarkt scintillent dans la nuit. Une immense patinoire toute éclairée de violet serpente dans le parc en bordure des chalets de bois qui proposent une avalanche de décorations et de sucreries.

Avant de rentrer, nous tentons notre chance pour l’opéra de Vienne. En effet, une caisse spéciale ouvre dans Operngasse entre 2h et 1h30 avant chaque représentation. Elle permet d’acheter des Stehplätze, autrement dit des places debout, entre 3 et 6€ pour assister aux représentations. Sous la galerie couverte, une longue file d’attente est déjà formée. Certains se sont mis sur leur 31, d’autres sont emmitouflés dans leur doudoune et leur bottes fourrées.

Nos billets en poche, on remonte un couloir sobre pour déboucher dans l’entrée principale face au grand escalier. C’est un peu le choc des cultures entre les détenteurs de billets à 3€ et les Viennoises en tenue de gala. L’espace d’un instant, je regrette mon pull de Noël et admire les robes de princesse… Nos places debout attendent près des balcons, une ribambelle d’écharpes marquent déjà les places des premiers spectateurs. Les rangées se remplissent rapidement puis les lumières s’éteignent et les première notes résonnent. Notre escapade hivernale s’achève donc au son des airs de La Traviata, dans la chaleur des galeries du Staatsoper.

Aujourd’hui, les lumières des bougies de l’avent brillent sans doute sur les couronnes de sapin de Vienne. Le jour idéal pour se replonger dans l’ambiance et prolonger un peu l’esprit de Noël.

Joyeuses fêtes à tous 🙂

Coté pratique

Les visites

Kunst Haus
Entrée gratuite dans la cour et le hall, musée 10€
Tous les jours,  de 10h00 à 18h00
http://www.kunsthauswien.com/

Hundertwasser village
Entrée gratuite
Tous les jours,  de 10h00 à 18h00
http://www.hundertwasser-village.com/

Belvédère
Entrée 19€
Tous les jours,  de 10h00 à 18h00
http://www.belvedere.at/

Kunsthistorisches Museum
Entrée 12€
Mardi au Dimanche,  de 10h00 à 18h00
Jeudi,  de 10h00 à 21h00
https://www.khm.at/

Haus der Musik
Entrée 11€
Tous les jours,  de 10h00 à 12h00
http://www.hausdermusik.com/

Rathaus (Hôtel de ville)
Des visites guidées gratuites sont organisées les lundi, mercredi et vendredi à 13h.

Wiener Staatsoper (Opéra)
Entrée 7€ pour des visites du lundi au vendredi, horaires variables disponibles sur le site
http://www.wiener-staatsoper.at/en/your-visit/guided-tours/
Stehplätze (places debout) : ne pas hésiter à faire la queue, même un peu en dehors de la galerie couverte, les places debout sont assez nombreuses. Une fois dans la salle, les sous-titres sont disponibles en anglais et en allemand, bien pratique…

Dans les pas de Sissi

Arrivés à Schönbrunn sous la brume après seulement quelques stations de métro, nous découvrons le décor de la résidence d’été mythique des Habsbourg. Les volets du château semblent encore clos et le marché de Noël qui a pris place à ses pieds s’éveille peu à peu. Nous optons pour un billet combiné afin de visiter autant de lieux que possible dans l’immense domaine qui s’étend devant l’édifice. Nous débutons par le château à peine arrivés sur les lieux tant les touristes sont rares en ce vendredi matin. L’audioguide distribué à l’entrée nous accueille sur quelques notes de classique, raconte l’histoire du palais et les habitudes de ses occupants au fil des quelques 40 pièces accessibles (sur près d’un millier…). Les appartements sont grands et lumineux, le décor harmonieux malgré le flot de tableaux qui orne certains murs. Les pièces se succèdent mais chaque ambiance est unique : portes dérobées, lambris laqués, cabinets chinois et oriental, salle de bal scintillante habillées de miroirs et de stucs dorées… tous les châteaux se ressemblent probablement mais, pour quelques instants, on marche dans les pas de la famille impériale. Seule ombre au tableau : les photos sont interdites à l’intérieur…

La balade se poursuit dans les jardins presque déserts. Une légère brume flotte toujours dans les allées dégarnies. L’hiver froid et gris ne rend sans doute pas hommage aux jardins mais il faut tout de même circuler dans les allées pour découvrir quelques surprises comme les vraies/fausses ruines romaines, le labyrinthe, les volières ou les statues de marbre blanc.

Le zoo voisin est lui aussi bien calme, même les animaux ont préféré rester à l’abri. Le Tiergarten est pourtant le plus vieux d’Europe et permet d’admirer pandas, koalas, ours polaires ou éléphants. Une serra tropicale sur plusieurs étages a été reconstituée et les oiseaux colorés y volent en totale liberté… tout comme les chauve souris ! L’enclos des ours blancs est également flambant neuf. Plus surprenante dans un zoo et dissimulée dans la forêt, une ferme tyrolienne où se promènent vaches et cochons marque la sortie du parc. L’endroit idéal pour une pause déjeuner.

L’ambiance du lieu contraste avec la froideur extérieure. La salle recouverte de bois est chaude et accueillante, l’odeur du pain chatouille les narines et la patronne installe des décors de Noël en riant devant ses personnages animés. Les fenêtres ouvrent sur une forêt brumeuse où l’on s’attendrait à voir tomber la neige. On nous sert rapidement de belles tartines de fromage aux baies et une généreuse planche de charcuterie locale. A deux pas d’un des symboles de l’empire autrichien et en pleine capitale, nous voilà ramenés dans un chalet à la montagne.

La journée se poursuit vers la serre aux palmiers après avoir péniblement quitté le chalet. La lourde porte de la serre ouvre sur trois pavillons à l’atmosphère et au climat propres.  Le plus grand des pavillons présente des plantes méditerranéennes, le suivant des plantes d’Asie et le dernier voit s’épanouir des espèces tropicales. La température et l’humidité varient d’un secteur à l’autre pour recréer au mieux les conditions de vie. On circule donc entre les petites allées et les tunnels pour découvrir, entre autres, palmiers géants et orchidées.

Juste à côté, la maison du désert présente sa riche collection de cactus. Là encore, nous sommes seuls au monde. Cependant, en s’installant un instant sur un banc sans rien dire, le lieu s’anime. Une tortue se laisse observer entre deux rochers. Des oiseaux colorés apparaissent un à un et viennent se rouler dans le sable juste devant nos yeux. On les voit qui sautillent de branches en branches au-dessus de nos têtes. Une dernière animation nous attire avant de regagner le château.  Un aquarium plein de Doctor Fishes est placé à la sortie de la serre. On y glisse la main avec curiosité et, aussitôt, des dizaines de poissons viennent s’accrocher au bout de nos doigts.

La visite terminée, les lumières s’éteignent derrière nous et le parc du château se retrouve tout à coup plongé dans le noir. En remontant les allées prises dans la pénombre, on rejoint le château illuminé pour les fêtes. La place s’est subitement remplie, les stands de boissons sont pris d’assaut et les petites maisons dégagent une odeur d’anis et de cannelle. Les boules de verre scintillent à la lumière, les artisans locaux proposent leurs sculptures de bois ou leurs produits régionaux. Pendant que des musiciens s’installent sous le grand sapin, nous optons pour un strudel dans la cour du palais. Si la pâtisserie vaut le détour, l’ambiance du café froide et commerciale nous fait regretter le chalet tyrolien.

C’est sur cette note sucrée que s’achève notre journée à Schönbrunn. D’autres marchés de Noël nous attendent dans Vienne…

Coté pratique

Les visites

Grand tour avec audioguide
Entrée 13,5€
Tous les jours,  de 8h30 à 16h30
Juillet/Août,  de 8h30 à 18h00
https://www.schoenbrunn.at/

Le jardin zoologique de Schönbrunn
Entrée 18,5€
Novembre à Février,  de 8h30 à 16h30
Mars et Octobre,  de 8h30 à 17h30
Avril à Septembre,  de 8h30 à 18h30
http://www.zoovienna.at/

La grande serre aux palmiers
Entrée 4€
Octobre à Avril,  de 9h30 à 17h00
Mai à Septembre,  de 9h30 à 18h00
Octobre à Décembre,  de 9h00 à 17h00

La maison du désert
Entrée 4€
Janvier à Avril,  de 9h00 à 17h00
Mai à Septembre,  de 9h00 à 18h00
Octobre à Décembre,  de 9h00 à 17h00

Une alternative ?

Winter Pass, 39€
Comprenant le grand tour avec audioguide, le jardin zoologique de Schönbrunn, la maison du désert, la grande serre aux palmiers et la collection de voitures historiques

Noël de l’Est

Arrivés à Vienne en milieu de journée, la ville semble étonnamment calme pour une capitale. Les rues qui entourent notre appartement abritent tout un tas de galeries d’art et de vieilles librairies où rien ne bouge. Attirés par les lumières, nous finissons par emprunter un passage couvert aux vitrines décorées pour Noël avant de déboucher directement devant la cathédrale St Stéphane. Un peu étonnés de s’y être rendus si vite, nous faisons le tour le nez en l’air pour observer les tuiles colorées et les motifs du toit. La cathédrale est en rénovation mais les parties déjà ravalées permettent de se faire une bonne idée des détails dissimulés par les bâches.

L’édifice se reflète dans les étages vitrés de la Haas-Haus, porte d’entrée du Graben, ce quartier viennois où s’alignent façades impeccables et boutiques de luxe. Quelques fiacres circulent dans les avenues où d’autres chevaux attendent sagement sous une couverture. A deux pas de la cathédrale se trouve la plus discrète Peterskirche. Un peu en retrait du Graben, elle pourrait presque passer inaperçue au milieu de toutes ces vitrines éclairées. Il faut pourtant pousser la porte de cette église aux décors flamboyants, toute en couleurs et en dorures. Les notes d’un orgue résonnent sous la coupole pendant que nous observons ce décor étonnant. Vienne et sa musique…

Quelques pas supplémentaires suffisent à gagner la maison Demel, véritable institution à Vienne depuis près de 200 ans. Sa vitrine ornée de petits gâteaux laisse deviner l’intérieur de cette confiserie d’un autre âge, au plafond lambrissé et aux tables de marbre rose. En s’avançant dans la boutique, nous arrivons sur le salon et le jardin d’hiver où des Demelinerinnen, toutes de noir vêtues, nous installent face à l’atelier. Une dizaine de pâtissiers s’activent alors sous nos yeux et décorent des centaines de mignardises pour les fêtes. Un chocolat viennois et une pâtisserie (au nom imprononçable pour un non germaniste) plus tard, nous quittons le salon où se pressent toujours des flots d’habitués et de curieux.

Le grand palais de la Hofburg, ancien siège du pouvoir autrichien, se dresse immédiatement devant nous. Un petit marché de Noël formé de cabanes blanches a pris place à ses pieds et marque l’entrée du quartier des musées. En passant le porche, on tombe directement sur l’école d’équitation de Vienne dont les écuries vitrées attirent les passants. Nous choisirons cependant un autre trésor tout proche : la bibliothèque nationale et sa salle d’apparat.

Un escalier blanc et sobre mène à la grande salle où l’odeur subtile des livres anciens se devine déjà. Pénétrer dans la bibliothèque de Vienne est comme de pousser la porte de ses rêves d’enfant, remplis de bibliothèques interminables et d’échelles en bois. C’est un peu comme devenir Belle qui s’émerveille devant le cadeau de la Bête dans le célèbre Walt Disney. On s’extasie devant le plafond coloré et ses trompes l’œil, on rêve devant les milliers de livres aux couleurs passées et au cuir vieilli sagement rangés sur les étagères. Peu de touristes ont choisi de découvrir cet espace hors du temps à l’atmosphère feutrée malgré les quelques 200 000 livres de toutes les tailles et de toutes les époques qui sont conservés sous la grande voûte. Il est donc facile de s’attarder devant les ouvrages exposés en vitrine, les statues et les globes terrestres disséminés dans la Prunksaal. On voudrait pouvoir gravir les petits escaliers de marbre, accéder à l’étage et dessiner les reliures du bout des doigts…

Il fait déjà nuit quand nous ressortons finalement face à l’Albertina et à l’opéra. Le centre de Vienne s’anime, les allées commerçantes et parfois piétonnes s’offrent à nous le long du Ring et de la KärntnerStraβ. Comme dans toutes les capitales, les grandes enseignes se mêlent aux boutiques de souvenirs. Quelques cabanes prises d’assaut proposent du vin et, plus original, du punch chaud pour se remettre du froid qui commence à tomber.

Le hasard nous mènera finalement jusqu’à une petite salle de concert où une poignée de musiciens reprennent les classiques les plus connus. Notre première soirée viennoise s’achève sur les douces notes de violon qui nous trotteront dans la tête pour le reste du séjour. Nous repartons en sifflotant vers notre appartement dans la nuit noire et brumeuse, presque surpris de ne pas croiser la neige sur le chemin du retour.