Savuti

21 septembre 2021

Quand on quitte la réserve de Moremi ce matin-là, une énorme surprise, particulièrement mauvaise, nous attend. Les flammes ont ravagé tous les abords de la route principale sur des dizaines de kilomètres. Il ne reste rien de cette grande forêt de mopanes dont raffolent les éléphants. La terre, devenue noire, laisse échapper des nuages de fumée. Quelques flammes encore actives se devinent même derrière les troncs d’arbres. Plus encore que cette vision sinistre, je crois qu’on est surtout marqués par le silence. Pas d’impalas dans les broussailles, pas d’oiseaux. Rien.

Tout est perdu.

On est encore plus touchés lorsque l’on découvre l’origine de cette catastrophe. Sam nous apprend que les braconniers, non contents de tuer et dépecer des éléphants par dizaines, couvrent leurs traces en déclenchant ce type d’incendies. On est écœurés. Au fil des kilomètres à travers ce paysage dévasté, l’écœurement se mue en révolte puis en peine, immense, lorsque l’on croise une famille de mangoustes fuyant sa maison, sautillant comme elle peut entre les zones de terres brûlantes.

Une fois encore, on est bouleversés par cette réalité qui nous rattrape entre deux instants d’émerveillement. La route me paraît infiniment longue dans ce décor et chaque regard sur cette catastrophe me brise davantage le cœur. Après un moment qui m’aura paru des heures, on en voit enfin le bout. Des arbres, vivant, apparaissent dans un virage.

Comme un miracle, un signe, un symbole, un éléphant surgit des bois à la lisière des incendies. Il est seul mais il a survécu. Avec lui, l’espoir renaît, doucement.

Notre journée vers Savuti n’aura vraiment pas commencé sous les meilleurs auspices. On n’arrive donc pas très enthousiastes dans cette nouvelle réserve, réputée dans le monde entier pour ses lions. Pour leur nombre d’abord, mais aussi pour leur technique de chasse. Ici, des familles deux fois plus grandes que d’ordinaires se constituent, rendant la chasse bien différente. Les félins ne s’en prennent pas qu’aux individus malades ou isolés : à Savuti, leur nombre les rend assez forts pour s’en prendre aux girafes et aux éléphants.

C’est justement dans les mopanes qu’on croise nos premiers individus. Pas décidés à bouger, ils posent pourtant sur nous un regard perçant, étudiant le moindre mouvement. On les observe de près là encore, dans un silence étrange, bien loin des grondements de notre dernière rencontre.

Le reste de la famille se trouve un peu plus loin, en pleine sieste sous un arbre isolé. Beaucoup moins curieux et attentifs, on les trouve ici affalés les uns sur les autres, pattes en l’air ou accrochés sur l’écorce.

Notre route se poursuit, avec plus d’enthousiasme. Ragaillardis par les lions, nous nous sommes mis en tête de trouver un léopard. Les probabilités ne jouent pas en notre faveur, mais on y croit. Patiemment, au fil de la route, on scrute chaque sommet d’arbre, chaque mouvement, chaque bosquet. Sam décrète l’heure d’une pause et nous gare à l’ombre d’un grand arbre aux feuilles encore bien vertes. Par acquis de conscience, je lève la tête dans les branchages. Sait-on jamais… Il n’y avait pas de léopard. Il y avait un serpent.

Juste au-dessus du toit, installé sur une large branche, les yeux fixés sur nous. Un python d’Afrique. Les connaisseurs me diront que c’était un petit, je l’ai personnellement jugé bien assez gros. Sam aussi puisque, dès mon signalement, il remonte au pas de course en voiture pour nous installer un peu plus loin sur fond d’un encourageant « Oh guys… my god ! two or three meters ! ».

Notre arrêt suivant, pour le déjeuner cette fois, n’a pas été beaucoup plus reposant. On s’installe près d’un plan d’eau où, au loin, barbote un éléphant. Une fois n’est pas coutume, Sam nous autorise à descendre de voiture. Je m’installe à quelques mètres à peine, observant l’éléphant s’arroser d’une eau grise peu engageante. Il est loin, vraiment loin… de moins en moins loin. Après un coup d’œil interrogatif à notre guide, pas perturbé le moins du monde par les mouvements du pachyderme, je reste en place.

Le grand mâle s’approche de plus en plus, Sam me demande cette fois de ne pas bouger. Trop facile.

L’éléphant s’avance tellement qu’il s’arrête à quelques pas du capot. Il me regarde, longuement. Ses oreilles ne s’agitent pas, sa trompe non plus. Il semble calme mais il est quand même drôlement près. La scène dure un moment, le temps de se sentir minuscule, puis le grand mâle se détourne, dépasse la voiture et disparaît.

On s’enfonce désormais dans la brousse sous un soleil qui commence à chauffer sérieusement. Le paysage de Savuti est bien moins humide que celui de Moremi, moins vivant aussi. Les groupes de lions sévissent visiblement dans le secteur car on croise pour la première fois des carcasses d’animaux à proximité des points d’eau. Les hyènes ne semblent pas avoir eu le temps de faire le ménage. D’énormes baobabs ponctuent le paysage, le tronc parfois lacéré par les défenses d’éléphants.

Nous ne sommes visiblement pas les seuls à ressentir la chaleur. Pour la première fois, on croise de gros mammifères en pleine sieste ! Des girafes se sont installées au sol, repliant leurs pattes et enroulant leur long cou autour du corps. Les petits éléphants se sont carrément affalés au sol, entourés de leur famille vigilante.

On rentre au camp sans avoir croisé de léopard. Après une couche rapide, on s’installe auprès du feu pour écouter encore les milliers d’anecdotes de Sam. La nuit tombe doucement sur la brousse, on frissonne un peu, la fatigue tombe. Presque habitués au millier de bruits du bush, on ferme désormais les yeux en un claquement de doigts, se félicitant vraiment d’avoir choisi une telle expérience.

les animaux vus par Ptit Jo

Le lion d’Afrique (Panthera leo leo) est une force de la nature engloutissant 7kg de viande par jour. Son rugissement peut être entendu à 8km à la ronde !

Le python d’Afrique (Python natalensis) est un serpent constricteur ovipare qui peut peser jusqu’à 50kg.

L’éléphant de savane (Loxodonta africana) est le plus grand animal terrestre, avec en moyenne 4 mètres à l’épaule et environ 6 tonnes pour le mâle.

La girafe (Giraffa camelopardalis angolensis) est la plus grande espèce du règne animal avec une hauteur de près de 6 mètres pour les grands mâles.

Coté pratique

Un voyage organisé

Notre voyage a été organisé par l’agence Hors-piste et plus spécifiquement par Antoine. S’il n’est pas indispensable d’être accompagné pour la Namibie, il était en revanche indispensable de l’être pour le Botswana. Aussi, le recours a une agence pour combiner les deux destinations a été un véritable gain de confort. Nous avons été suivis du début à la fin, ayant toujours quelqu’un à contacter sur la route en cas de problème. L’agence nous a également toutes nos procédures Covid (réservation de tests, suivi des résultats) et nous a aidés à obtenir les visas. Bref, nous sommes partis en confiance !

Le site: https://www.horspistes-afrique-australe.com/

Les activités

Le safari a été mené par Lungu Safari. Nous avons eu la chance d’être conduit par Sam, un guide formidable, plein d’anecdotes en tout genre. Timothy et Scamongo ont pris en charge toute la logistique et nous n’avions plus qu’à nous laisser guider. Un confort incroyable, surtout dans la brousse !

Le logement

Une tente plantée dans la savane.

Les repas

Cuisine au feu de bois par le chef cuistot de Lungu Safari : Tim. Mention spéciale pour son pain fait maison et ses pique-niques gargantuesques.

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